{"id":9973,"date":"2020-03-13T16:04:36","date_gmt":"2020-03-13T15:04:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/grandes-collaborations-musicales\/violonistes-et-violoncellistes\/great-conversations-strings-and-chamber-music\/"},"modified":"2020-03-13T19:55:27","modified_gmt":"2020-03-13T18:55:27","slug":"grandes-conversations-musique-de-chambre","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/grandes-collaborations-musicales\/violonistes-et-violoncellistes\/grandes-conversations-musique-de-chambre\/","title":{"rendered":"Grandes Conversations, musique de chambre"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\"><strong>Les Grandes Conversations : la musique de chambre<\/strong><\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p>Istomin a consacr\u00e9 un volet de ses <em>Grandes Conversations<\/em> \u00e0 la musique de chambre. De fa\u00e7on amusante, et un peu provocatrice, il lui donna pour titre <em>Les Virtuoses, <\/em>affirmant ainsi une nouvelle fois sa double conviction. D\u2019une part, la musique de chambre est un domaine aussi important que la musique symphonique chez la plupart des grands compositeurs, et parfois m\u00eame plus important\u00a0! D\u2019autre part, il faut des virtuoses pour lui donner sa vraie dimension, et pas des \u00ab\u00a0musiciens de chambre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il avait r\u00e9uni un plateau tr\u00e8s prestigieux: les violonistes Pamela Frank, Jaime Laredo et Arnold Steinhardt ; les violoncellistes Lynn Harrell, Yo-Yo Ma et Sharon Robinson ; les pianistes Claude Frank et Joseph Kalichstein.<\/p>\n<p>Cette conversation est accessible sur le site de la Library of Congress et peut \u00eatre t\u00e9l\u00e9charg\u00e9e\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.loc.gov\/item\/ihas.200031105\/\">https:\/\/www.loc.gov\/item\/ihas.200031105\/<\/a><\/p>\n<p>Voici un r\u00e9sum\u00e9, aussi fid\u00e8le que possible, des propos tenus lors de ces discussions \u00e0 la fois tr\u00e8s amicales et tr\u00e8s intenses.<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong> introduit le d\u00e9bat en \u00e9voquant une de ses \u0153uvres de pr\u00e9dilection, le <em>Sextuor \u00e0 cordes en si b\u00e9mol majeur op. 18<\/em> de Johannes Brahms.<\/p>\n<p><strong>Arnold Steinhardt<\/strong> : La plus fantastique exp\u00e9rience musicale que j\u2019aie sans doute jamais v\u00e9cue, c\u2019est de jouer cette \u0153uvre avec Casals \u00e0 Porto Rico, avec aussi Sasha Schneider, Leslie Parnas, Michael Tree et Milton Thomas. Nous avions tous des id\u00e9es, mais le rayonnement de Casals comme musicien est tellement impressionnant\u00a0! Nous nous inspirions de lui, nous ne pouvions que suivre ses id\u00e9es\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong>\u00a0: Il faut en m\u00eame temps pouvoir donner le meilleur de soi et se rendre disponible \u00e0 ce qui est apport\u00e9 par les autres, en particulier s\u2019il y a parmi eux un musicien exceptionnel\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Pamela Frank:<\/strong> La musique de chambre, c\u2019est tout simplement jouer avec d\u2019autres gens. J\u2019aime cette interaction!<\/p>\n<p><strong>Sharon Robinson<\/strong>: On apprend davantage de ses coll\u00e8gues que de ses professeurs!<\/p>\n<p><strong>Claude Frank<\/strong> se souvient d\u2019avoir jou\u00e9 la <em>Sonate en la majeur op. 69<\/em> de Beethoven avec Leonard Rose. Il lui d\u00e9clara qu\u2019il n\u2019aimait pas la fa\u00e7on dont il jouait les premi\u00e8res mesures. Rose r\u00e9fl\u00e9chit et r\u00e9pondit: \u2018\u2019Moi si\u00a0!\u2019\u2019<\/p>\n<p><strong>Joseph Kalischstein<\/strong> raconte son unique collaboration avec Henryk Szering. Tr\u00e8s impressionn\u00e9, il n\u2019avait rien os\u00e9 dire au d\u00e9but de la r\u00e9p\u00e9tition, mais il se risqua \u00e0 une suggestion pour la <em>Sonate en sol majeur op. 78<\/em> de Brahms. Il y eut un moment de silence, puis Szeryng r\u00e9pondit\u00a0: \u2018\u2019Essayons\u00a0!\u2019\u2019 Apr\u00e8s l\u2019essai, nouveau moment de silence, plus bref, avant que Szeryng ne s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Mon cher Joseph, c\u2019est fantastique\u00a0! Vous m\u2019avez fait jouer comme je veux\u00a0!\u2019\u2019<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong> estime que les meilleures interpr\u00e9tations sont celles o\u00f9 on n\u2019a rien besoin de se dire. Il reconna\u00eet volontiers qu\u2019il y a eu beaucoup de querelles d\u2019\u00e9gos au sein du Trio qu\u2019il avait form\u00e9 avec Stern et Rose mais que, sur sc\u00e8ne, ils s\u2019immergeaient enti\u00e8rement dans la musique, dans l\u2019\u00e9coute et dans le respect de leurs partenaires, ce qui est l\u2019essence m\u00eame de la musique de chambre.<\/p>\n<ol>\n<li><strong>L\u2019interpr\u00e9tation. <\/strong>Yo-Yo ma pose cette question centrale\u00a0:<strong> Comment fait-on pour interpr\u00e9ter, pour s\u2019approprier l\u2019\u0153uvre de quelqu\u2019un d\u2019autre\u00a0? <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong> rappelle que le compositeur, m\u00eame s\u2019il \u00e9tait souvent autrefois le premier interpr\u00e8te de sa musique, savait forc\u00e9ment que sa musique ne pourrait continuer \u00e0 exister qu\u2019\u00e0 travers d\u2019autres interpr\u00e8tes, qui se l\u2019approprieraient\u00a0! Il \u00e9voque un pr\u00e9cepte essentiel de Socrate selon lequel tout savoir est r\u00e9miniscence. Cela explique pourquoi, d\u2019embl\u00e9e, on tombe amoureux d\u2019une \u0153uvre et on a l\u2019obsession de la jouer, de la faire sienne. De fait, nous la \u2018\u2019reconnaissons\u2019\u2019. Il assure qu\u2019il n\u2019a jamais jou\u00e9 une \u0153uvre qui ne lui \u00e9tait pas consubstantielle.<\/p>\n<p><strong>Claude Frank<\/strong>\u00a0raconte qu\u2019un ami compositeur lui avait demand\u00e9 de jouer une de ses \u0153uvres. Claude Frank lui proposa de la lui jouer avant le concert pour lui demander son avis, mais le compositeur refusa absolument. Apr\u00e8s le concert, il lui dit\u00a0: \u2018\u2019Merci beaucoup\u00a0! J\u2019ai beaucoup aim\u00e9. M\u00eame si c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement diff\u00e9rent de ce que j\u2019attendais.\u2019\u2019<\/p>\n<p><strong>Arnold Steinhardt<\/strong> ajoute une anecdote confi\u00e9e par Robert Mann, le premier violon du Quatuor Juilliard, qui avait pr\u00e9par\u00e9 un quatuor de Sch\u00f6nberg et \u00e9tait all\u00e9 le jouer au compositeur. Schonberg avait fait ce commentaire\u00a0: \u201cJe n\u2019avais jamais imagin\u00e9 que ma musique puisse \u00eatre jou\u00e9e ainsi. Mais c\u2019\u00e9tait magnifique!\u201d<\/p>\n<p><strong>Lynn Harrell<\/strong> parle de la sensation un peu troublante qu\u2019il a parfois qu\u2019une \u0153uvre est \u2018\u2019\u00e0 lui\u2019\u2019. <strong>Eugene Istomin <\/strong>l\u2019approuve, ajoutant que quand on s\u2019approprie une \u0153uvre qu\u2019on aime, qu\u2019on la joue comme on le veut, on est souvent tent\u00e9 de penser qu\u2019on est le seul \u00e0 l(interpr\u00e9ter comme il convient\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Joseph Kalichstein\u00a0: <\/strong>\u2018On int\u00e9riorise les indications du compositeur. On ne joue pas plus fort seulement parce que c\u2019est marqu\u00e9 sur la partition, mais parce qu\u2019on en sent la n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure.\u2019<\/p>\n<p><strong>Claude Frank<\/strong> dit qu\u2019on peut avoir le sentiment de \u2018\u2019poss\u00e9der\u2019\u2019 une \u0153uvre et penser quand m\u00eame que notre interpr\u00e9tation n\u2019est pas bonne. Ce fut le cas de Mozart, souvent fier de ses compositions, mais quasiment jamais de la fa\u00e7on dont il les jouait.<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Eugene Istomin propose une liste des plus grands violonistes et violoncellistes du pass\u00e9 et demande \u00e0 ses invit\u00e9s quels sont ceux qui les ont le plus influenc\u00e9s. <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Yo-Yo Ma<\/strong>\u00a0: Pour le violoncelle, c\u2019est Leonard Rose, mon professeur. Il a \u00e9t\u00e9 d\u2019une patience et d\u2019une gentillesse incroyables, il s\u2019est montr\u00e9 tr\u00e8s exigeant tout en me persuadant que je pouvais y parvenir. J\u2019ajoute Casals, qui est une source permanente d\u2019inspiration pour moi, en particulier pour les grandes \u0153uvres de musique de chambre. Et Feuermann, dont l\u2019enregistrement de <em>Schelomo<\/em> m\u2019a particuli\u00e8rement marqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Pamela Frank\u00a0:<\/strong> Kreisler pour la qualit\u00e9 vocale de son jeu, sa chaleur et son humanit\u00e9. J\u2019aurais bien aim\u00e9 le conna\u00eetre personnellement. Heifetz, qui a chang\u00e9 le jeu du violon pour toujours, et qui a rendu difficile la vie des violonistes qui lui ont succ\u00e9d\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Lynn Harrell<\/strong>\u00a0: Mes h\u00e9ros et mes mentors ont chang\u00e9 au fil du temps. Il y a eu Rostropovitch, qui apportait une nouvelle fa\u00e7on de jouer du violoncelle, tr\u00e8s lyrique, tr\u00e8s slave. Heifetz, que je n\u2019ai jamais entendu en concert mais dont les vid\u00e9os m\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 changer profond\u00e9ment ma fa\u00e7on de jouer et de travailler. Et Casals, que j\u2019ai vu et entendu pour la premi\u00e8re fois en 1961 \u00e0 Porto Rico lorsqu\u2019il joua le <em>Triple Concerto<\/em> de Beethoven. La pr\u00e9sence physique\u00a0et musicale de Casals, son aura, m\u2019ont marqu\u00e9 pour toute la vie. J\u2019estime que c\u2019est tr\u00e8s important d\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 de tels g\u00e9nies, qui vous transportent, vous permettent de prendre conscience de ce qu\u2019est vraiment la musique.<\/p>\n<p><strong>Sharon Robinson<\/strong>\u00a0: Casals, car j\u2019ai grandi avec ses disques. Piatigorsky, dont mon professeur avait \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve. Heifetz, qui m\u2019a beaucoup impressionn\u00e9e. Et toute la musique de chambre que j\u2019ai eu la chance d\u2019entendre et de faire \u00e0 la maison, en famille.<\/p>\n<p><strong>Arnold Steinhardt<\/strong>\u00a0: il y a trois violonistes, auxquels je reviens encore et toujours, pour mon plaisir et mon enrichissement permanent. Kreisler, pour les m\u00eames raisons que Pamela Frank. Heifetz, et je n\u2019admire pas seulement sa technique, mais aussi l\u2019intensit\u00e9 de son jeu, qui continue de me fasciner. Szigeti, avec qui j\u2019ai travaill\u00e9 et qui m\u2019\u00e9meut toujours. Et bien s\u00fbr Casals\u00a0! Tous m\u2019ont inspir\u00e9 mais ils m\u2019ont rendu la vie difficile\u00a0: que faire apr\u00e8s eux\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Eugene\u00a0Istomin <\/strong>raconte qu\u2019il avait demand\u00e9 \u00e0 Heifetz pour quel violoniste il avait le plus de respect. Sa r\u00e9ponse imm\u00e9diate avait \u00e9t\u00e9\u00a0: Kreisler.<\/p>\n<p><strong>Jaime Laredo<\/strong>\u00a0: Heifetz, car il r\u00e9alise des choses que je ne suis capable de faire, mais dont je peux r\u00eaver de m\u2019approcher\u00a0! Casals, qui reste le plus important dans ma vie, car il a profond\u00e9ment chang\u00e9 son approche de la musique (j\u2019ai sa photos dans mon studio, et c\u2019est lui que j\u2019interroge le plus souvent lorsque je travaille). Et Leonard Rose, qui a \u00e9t\u00e9 mon premier professeur de musique de chambre, lorsque j\u2019avais 13 ans.<\/p>\n<p><strong>Joseph Kalichstein<\/strong> veut ajouter aux noms d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9s, ceux de David O\u00efstrakh et d\u2019Isaac Stern, car il les a beaucoup \u00e9cout\u00e9s. Il trouve d\u2019ailleurs que c\u2019est beaucoup plus confortable d\u2019\u00eatre inspir\u00e9 par des musiciens qui ne jouent pas le m\u00eame instrument que soi\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Claude Frank : <\/strong>Casals et Szigeti. Je ne pense pas \u00e0 eux en temps qu\u2019instrumentistes mais en tant que musiciens, car leur influence va bien au-del\u00e0 de leur instrument\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin <\/strong>parle de l\u2019alto et des grands altistes, en particulier de William Primrose. Jaime Laredo joue de l\u2019alto et l\u2019\u0153uvre qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re interpr\u00e9ter, tous r\u00e9pertoires confondus, est <em>Harold en Italie<\/em>. Arnold Steinhardt le pratique aussi parfois. Tous soulignent le r\u00f4le primordial de l\u2019alto dans la musique de chambre, et le fait que nombre de compositeurs aient \u00e9t\u00e9 des altistes, en particulier Dvorak. \u00a0<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Comment la vie musicale a-t-elle \u00e9volu\u00e9e au fil de votre vie\u00a0? <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Jaime\u00a0Laredo <\/strong>regrette qu\u2019aujourd\u2019hui il lui est devenu impossible de reconna\u00eetre la sonorit\u00e9 des violonistes. Auparavant, en \u00e9coutant la radio ou un disque, il ne lui fallait que trois mesures pour savoir qui jouait\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Arnold\u00a0Steinhardt\u00a0: <\/strong>Les jeunes ne cherchent plus par eux-m\u00eames, ils font une synth\u00e8se aseptis\u00e9e de ce qui se pratique. Parfois mes \u00e9tudiants me pose la question\u00a0: \u2018\u2019Comment faut-il jouer Mozart\u00a0?\u2019\u2019 Ils pensent qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule fa\u00e7on, alors qu\u2019il y en a beaucoup d\u2019autres qui peuvent \u00eatre valables\u00a0! Ils ne cherchent pas \u00e0 exister en tant qu\u2019individualit\u00e9, ils ne sont pas pr\u00eats \u00e0 se remettre en question tout au long de leur vie. Avant, il y avait des influences, des modes, mais chacun cherchait\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong> pr\u00e9sente le programme d\u2019un r\u00e9cital avec piano donn\u00e9 par Nathan Milstein \u00e0 la Library of Congress en 1946\u00a0: Vitali, <em>Chaconne<\/em>\u00a0; Bach, <em>Sonate pour violon seul en sol mineur BWV 1001\u00a0<\/em>; Milstein, <em>Paganiniana<\/em>\u00a0; Mendelssohn, <em>Concerto<\/em>. Avec, en bis\u00a0: Chopin, <em>Nocturne op. 9 n\u00b0 2<\/em> et Wieniaski, <em>Scherzo-Tarantelle<\/em>. Il demande \u00e0 ses invit\u00e9s si un tel programme serait concevable aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Arnold\u00a0Steinhardt<\/strong> : Aujourd\u2019hui les \u2018\u2019sucreries\u2019\u2019 ne sont plus appr\u00e9ci\u00e9es par les auditeurs, et les jeunes violonistes ne savent pas quoi en faire. On vit dans un autre temps.<\/p>\n<p><strong>Joseph\u00a0Kalichstein <\/strong>regrette que les audiences de la musique classique soient maintenant standardis\u00e9es, aseptis\u00e9es. Il serait bien que le public retrouve un peu d\u2019innocence et de libert\u00e9. IL donne l\u2019exemple de ses propres enfants, qui ne se posent pas ce genre de question en \u00e9coutant de la pop music\u00a0: ils aiment ce qu\u2019ils aiment, et voil\u00e0\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Arnold Steinhardt<\/strong>\u00a0: il faut se faire plaisir, quoiqu\u2019on joue\u00a0! M\u00eame si ce sont les <em>Sonates<\/em> et les <em>Partitas<\/em> de Bach. Les jeunes musiciens d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont pas l\u2019envie ni la volont\u00e9 de trouver leur voie. Ils veulent surtout ne rien faire qui soit de mauvais go\u00fbt.<\/p>\n<p><strong>Jaime\u00a0Laredo<\/strong> : Le niveau g\u00e9n\u00e9ral est incroyablement \u00e9lev\u00e9 chez les \u00e9tudiants, mais ils veulent trop jouer correctement, \u00eatre de \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb musiciens.<\/p>\n<p><strong>Lynn Harrell\u00a0:<\/strong> Ils craignent d\u2019\u00eatre critiqu\u00e9s s\u2019ils ne font pas comme les autres. Oui, il y a beaucoup de comp\u00e9tition, mais autrefois cela n\u2019emp\u00eachait pas de chercher sa propre voie.<\/p>\n<p><strong>Joseph Kalichstein<\/strong> observe qu\u2019aujourd\u2019hui la comp\u00e9tition incite les jeunes \u00e0 jouer comme les autres, simplement un peu plus vite, comme en sport. En tout cas \u00e0 jouer de la fa\u00e7on la plus consensuelle possible. Il d\u00e9plore aussi qu\u2019on ne puisse plus reconna\u00eetre la sonorit\u00e9 d\u2019un pianiste alors qu\u2019autre fois on le pouvait. Il lui suffit de trois notes pour reconna\u00eetre Rubinstein.<\/p>\n<p><strong>Yo Yo Ma<\/strong> s\u2019interroge sur la raison de ce changement d\u2019\u00e9tat d\u2019esprit.<\/p>\n<p><strong>Pamela Frank<\/strong> sugg\u00e8re que c\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 cause de l\u2019enseignement. Etant donn\u00e9 le niveau g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, il lui semble assez logique qu\u2019il y ait moins d\u2019individualit\u00e9s. \u00a0il y une sorte de nivellement, de standardisation. Les jeunes veulent faire les choix les plus s\u00fbrs, car dans les comp\u00e9titions les originalit\u00e9s sont souvent mal per\u00e7ues.<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Comment permettre aux jeunes de forger leur propre personnalit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Lynn Harrell <\/strong>s\u2019inqui\u00e8te du d\u00e9veloppement des jeunes musiciens d\u2019aujourd\u2019hui. Il y a ceux qui prennent le contrepied de tout et ceux qui sont trop conformistes. Le probl\u00e8me est qu\u2019il faut du temps pour m\u00fbrir et que les carri\u00e8res d\u2019aujourd\u2019hui ne permettent pas de le prendre.<\/p>\n<p><strong>Claude Frank\u00a0: <\/strong>On regrette le manque de personnalit\u00e9 des jeunes musiciens, mais on les compare tout de suite\u00a0aux plus grands. Ce n\u2019est pas juste\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Eugene\u00a0Istomin <\/strong>souligne la responsabilit\u00e9 des managers et du milieu musical. On prend des jeunes, on les pousse vers le succ\u00e8s et vers l\u2019argent. Puis on les jette pour en prendre d\u2019autres dans la g\u00e9n\u00e9ration suivante. Les jeunes ne sont pas conscients du danger, ils sont entrain\u00e9s par les gens et par le syst\u00e8me, par le succ\u00e8s\u00a0! On ne peut pas les en bl\u00e2mer. Mais ils ne r\u00e9alisent pas qu\u2019ils laissent de c\u00f4t\u00e9 l\u2019essentiel\u2026 L\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 si proche du commerce. Il ne faut pas oublier tous les sacrifices qu\u2019on demande aux jeunes qui ont du talent. Ils n\u2019ont pas une vie normale, et ils n\u2019ont aucune garantie de succ\u00e8s\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Arnold Steinhardt<\/strong> raconte une anecdote sur Anton Rubinstein, qui aurait dit \u00e0 Joseph Hofmann, lorsque celui-ci \u00e9tudiait avec lui, qu\u2019il ne jouerait jamais pour lui car il ne voulait surtout pas qu\u2019il le copie, ou essaye de le copier. On devrait dire aux \u00e9tudiants d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0: votre studio est un laboratoire, faites-y ce que vous voulez, peu importe si c\u2019est \u2018\u2019de mauvais go\u00fbt\u2019\u2019.<\/p>\n<p><strong>Pamela Frank<\/strong> rappelle que son professeur, Szymon Goldberg, lui interdisait pratiquement de donner des concerts quand elle \u00e9tudiait\u00a0: \u2018\u2019Maintenant tu \u00e9tudies, apr\u00e8s tu auras tout le temps de donner des concerts.\u2019\u2019 Et elle approuve ce principe.<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong> se souvient d\u2019une audition de Zukerman en 1961. Le jeune violoniste avait alors 13 ans et il a jou\u00e9 pour Casals, qui a dit\u00a0: \u2018\u2019Laissez-le aller sur sc\u00e8ne. Laissez-le jouer et grandir.\u2019\u2019 Tout simplement. Il \u00e9tait convaincu que le talent se d\u00e9veloppe naturellement.<\/p>\n<p><strong>Jaime\u00a0Laredo<\/strong> souhaite quant \u00e0 lui que ses \u00e9l\u00e8ves jouent en concert le plus souvent possible, m\u00eame si ce n\u2019est pas parfait.<\/p>\n<p><strong>Yo-Yo Ma\u00a0<\/strong>estime que ce qui est le plus important, c\u2019est de r\u00eaver. Il y a, bien s\u00fbr, tout le travail indispensable, mais seul le r\u00eave permet de d\u00e9velopper sa personnalit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p>Dans la version de cette <em>Grande Conversation<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 un moment disponible sur DVD, il y avait aussi une dizaine de minutes pendant lesquelles Eugene Istomin pr\u00e9sentait \u00e0 ses coll\u00e8gues et amis quelques-uns des plus pr\u00e9cieux manuscrits de la Biblioth\u00e8que des Congr\u00e8s.<\/p>\n<p>Il commence par le <strong>Concerto pour violon en r\u00e9 majeur K. 219 de Mozart<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pamela Frank<\/strong> se rem\u00e9more la premi\u00e8re fois qu\u2019elle a entendu ce concerto. Elle avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement boulevers\u00e9e par l\u2019entr\u00e9e du violon apr\u00e8s le tutti initial. Un miracle\u00a0! Elle continue de s\u2019\u00e9tonner de l\u2019indication de tempo donn\u00e9 par Mozart, \u00a0<em>allegro aperto<\/em>\u00a0! Elle note que nombre d\u2019\u0153uvres de Mozart rel\u00e8vent de cette notion de tempo \u00ab\u00a0ouvert\u00a0\u00bb, mais que Mozart n\u2019a utilis\u00e9 cet adjectif que tr\u00e8s rarement.<\/p>\n<p><strong>Arnold Steinhardt<\/strong> raconte qu\u2019il a jou\u00e9 ce concerto lorsqu\u2019il avait 21 ans. George Szell \u00e9tait dans la salle et lui avait dit apr\u00e8s le concert\u00a0: \u2018\u2019Jeune homme, vous \u00eates tr\u00e8s dou\u00e9, mais vous ne connaissez rien \u00e0 l\u2019ornementation de la musique de Mozart\u2019\u2019.\u00a0Szell lui a propos\u00e9 d\u2019aller \u00e0 la Biblioth\u00e8que des Congr\u00e8s pour voir le manuscrit et lui dire tout ce qu\u2019il devait savoir sur l\u2019interpr\u00e9tation de Mozart au violon. C\u2019est donc le seconde fois qu\u2019il se trouve en face de ce manuscrit et c\u2019est une grande \u00e9motion pour lui. Il ajoute qu\u2019il est certes important d\u2019\u00eatre respectueux de ce qui est \u00e9crit, mais qu\u2019il ne faut certainement pas s\u2019y limiter. Selon son humeur du jour, Mozart aurait pu noter sa musique diff\u00e9remment, et il ne serait probablement pas oppos\u00e9 \u00e0 ce que les interpr\u00e8tes futurs prennent quelques libert\u00e9s. Il faut \u00eatre cr\u00e9atifs, imaginatifs\u2026<\/p>\n<p><strong>Lynn Harrell <\/strong>pense que le miracle dont parle Pamela Frank, c\u2019est que le violon appara\u00eet, pour la premi\u00e8re fois, comme un chanteur d\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<p>Eugene Istomin pr\u00e9sente ensuite la partition de <strong>Schelomo <\/strong>d\u2019<strong>Ernest Bloch.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Yo-Yo Ma<\/strong> est \u00e9merveill\u00e9 par la beaut\u00e9 du manuscrit, son aspect immacul\u00e9. Comme si c\u2019\u00e9tait l\u2019\u0153uvre d\u2019un copiste. Pas une seule rature\u00a0! <strong>Lynn Harrell<\/strong> est tr\u00e8s \u00e9mu de voir le manuscrit de ce qu\u2019il consid\u00e8re comme un des grands chefs-d\u2019\u0153uvre du r\u00e9pertoire des violoncellistes.<\/p>\n<p><strong>Yo-Yo Ma<\/strong> et <strong>Claude Frank<\/strong> discutent \u00e0 propos des manuscrits de Mozart qui sont en principe sans rature mais avec, tout de m\u00eame, quelques exceptions, notamment le <em>Concerto pour piano en ut mineur K. 491<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Yo-Yo Ma<\/strong> se demande si Beethoven a jamais \u00e9crit un manuscrit sans rature. Jamais, r\u00e9pond <strong>Eugene Istomin<\/strong>, ajoutant que parfois Beethoven est dans un tel \u00e9tat d\u2019excitation qu\u2019il ne prend pas le temps de mettre les notes sur la port\u00e9e mais seulement leur nom.<\/p>\n<p><strong>Jaime Laredo<\/strong> s\u2019amuse des musicologues qui recherchent dans les manuscrits de Beethoven l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 il faut commencer un crescendo ou marquer un accent\u2026 Impossible\u00a0!<\/p>\n<p>Une discussion s\u2019instaure sur l\u2019\u00e9volution des partitions\u00a0: autrefois des manuscrits tellement impr\u00e9cis et incomplets, parfois \u00e0 peine lisibles\u00a0; aujourd\u2019hui des relev\u00e9s d\u2019ordinateur \u00e0 la pr\u00e9cision scientifique\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Eugene Istomin<\/strong> montre maintenant \u00e0 ses invit\u00e9s le manuscrit du <em>Po\u00e8me<\/em> de Chausson, et tous s\u2019extasient devant sa beaut\u00e9 et sa clart\u00e9.<\/p>\n<p>Puis <strong>Claude Frank<\/strong> veut parler d\u2019un autre manuscrit pr\u00e9sent sur la table, celui de la <em>Sonate pour piano et violon en sol majeur (K. 379<\/em>). Mozart, exceptionnellement, avait fait des ratures dans les variations du deuxi\u00e8me mouvement. Il se dirige vers le piano, et Istomin lui demande de jouer d\u2019abord le d\u00e9but de l\u2019\u0153uvre, avec l\u2019entr\u00e9e du piano seul, pour montrer \u00e0 quel point les sonates de Mozart ne sont pas des sonates pour violon mais bien des sonates pour piano et violon\u2026 Claude Frank s\u2019ex\u00e9cute, puis joue le th\u00e8me du second mouvement, puis la sublime variation accompagn\u00e9e par les pizzicati du violon, sur laquelle tout le monde s\u2019extasie.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n<p>Dans le montage du DVD, Il y avait aussi quelques brefs moments qui ont \u00e9t\u00e9 omis dans la version t\u00e9l\u00e9chargeable sur le site. Eugene Istomin questionnait ses invit\u00e9s sur l\u2019essence de la musique de chambre.<\/p>\n<p><strong>Claude Frank<\/strong>\u00a0dit tr\u00e8s simplement son amour pour elle et prend plaisir \u00e0 raconter une anecdote sur Rudolf Serkin, \u00e0 qui un journaliste posa un jour cette question\u00a0: \u2018\u2019Que pensez-vous de la musique de chambre\u00a0?\u2019\u2019 Serkin, abasourdi, se fit r\u00e9p\u00e9ter la question, puis r\u00e9pondit\u00a0: \u2018\u2019Je ne sais pas ce que c\u2019est, je ne connais que la musique tout court\u00a0!\u2019\u2019<\/p>\n<p><strong>Joseph Kalichstein<\/strong> insiste sur la valeur formatrice de la musique de chambre. On apprend \u00e0 s\u2019\u00e9couter et \u00e0 \u00e9couter les autres.<\/p>\n<p><strong>Pamela Frank<\/strong> trouve que la musique de chambre est une belle fa\u00e7on de compenser la solitude du soliste. Elle adore cette interaction avec d\u2019autres musiciens. En faisant de la musique de chambre, elle s\u2019est li\u00e9e profond\u00e9ment d\u2019amiti\u00e9 avec nombre de musiciens, sans m\u00eame avoir eu besoin de parler d\u2019abord. C\u2019est de cette fa\u00e7on aussi qu\u2019elle a rencontr\u00e9 son mari\u00a0! Quand on fait de la musique de chambre, on est directement en contact avec l\u2019\u00e2me de ses partenaires.<\/p>\n<p>A la fin, Eugene Istomin remercie chaleureusement ses invit\u00e9s, estimant que leur participation fait de ce film un document pr\u00e9cieux pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":10001,"featured_media":0,"parent":385,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/9973"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10001"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9973"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/9973\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9978,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/9973\/revisions\/9978"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/385"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9973"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}