{"id":4111,"date":"2016-06-14T18:18:14","date_gmt":"2016-06-14T16:18:14","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=4111"},"modified":"2020-02-21T23:50:09","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:09","slug":"leonard-rose","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/grandes-collaborations-musicales\/violonistes-et-violoncellistes\/leonard-rose\/","title":{"rendered":"Leonard Rose"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last\" style=\"--awb-bg-size:cover;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p>Les relations de Leonard Rose et de Eugene Istomin \u00e9taient musicalement et humainement complexes. Elles ont \u00e9t\u00e9 longuement \u00e9voqu\u00e9es dans les articles consacr\u00e9s au l\u00e9gendaire trio qu\u2019ils avaient form\u00e9 avec Isaac Stern. Voici quelques \u00e9l\u00e9ments compl\u00e9mentaires sur les \u00e9v\u00e9nements et les id\u00e9es qu\u2019ils ont partag\u00e9s en dehors du trio.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-four\"><h4 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:15;--minFontSize:15;line-height:1.33;\"><strong>L\u2019obsession de la perfection jusqu\u2019\u00e0 la n\u00e9vrose <\/strong><\/h4><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p>Dans son autobiographie, Isaac Stern fait ce bref portrait de Leonard Rose\u00a0: \u00ab\u00a0Lennie \u00e9tait un tr\u00e8s bel homme, et un vrai n\u00e9vros\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un enseignant remarquable, tr\u00e8s cultiv\u00e9, patient, mais il ne pouvait pas ma\u00eetriser ses nerfs. Il lui fallait travailler longuement son instrument, chaque jour. \u00c0 quatre heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, le jour d&rsquo;un concert, il devait prendre un steak et ce qui allait avec. Pas d&rsquo;autre nourriture. Invariablement, il \u00e9tait dans sa loge une heure avant le concert, o\u00f9 il commen\u00e7ait par une s\u00e9rie de petits exercices pour s&rsquo;\u00e9chauffer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans <em>The Pleasure Was Ours<\/em> le livre de souvenirs qu\u2019elle a \u00e9crit conjointement avec son mari, Virginia Katims raconte qu\u2019un jour Rose devait jouer Schelomo avec le Seattle Symphony sous la direction de son mari. Il \u00e9tait arriv\u00e9 en retard \u00e0 cause d\u2019un chauffeur de taxi qui s\u2019\u00e9tait \u00e9gar\u00e9. Il voulait \u00e0 toute force d\u00e9placer l\u2019\u0153uvre de Bloch dans la deuxi\u00e8me partie car il n\u2019allait pas avoir assez de temps pour s\u2019\u00e9chauffer. Milton Katims refusa. Quand la premi\u00e8re \u0153uvre au programme fut achev\u00e9e et que ce fut son tour de venir sur sc\u00e8ne, il \u00e9tait encore en train de r\u00e9p\u00e9ter. Il fallut venir le chercher dans sa loge\u00a0! Il \u00e9tait si troubl\u00e9 qu\u2019il faillit entrer sur sc\u00e8ne sans sa veste\u00a0! Virginia Katims se souvenait aussi d\u2019un d\u00eener tr\u00e8s joyeux, o\u00f9 Rose riait aux \u00e9clats des plaisanteries de Milton. Puis, au moment du dessert, il s\u2019arr\u00eata net et dit\u00a0: \u2018Mon Dieu, je suis l\u00e0 \u00e0 m\u2019amuser, alors que j\u2019ai un concert demain soir\u00a0!\u2019<\/p>\n<p>Istomin, lui aussi tr\u00e8s sujet au trac, avait trouv\u00e9 son ma\u00eetre en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Il avait beaucoup d\u2019estime pour Rose, \u00e9crivant \u00e0 son amie Eugenie Anderson en 1963\u00a0: \u00ab\u00a0Il est le plus grand violoncelliste de notre temps, dont le seul rival possible est Rostropovitch\u00a0\u00bb. Comme tous ceux qui l\u2019entendirent, Istomin \u00e9tait tr\u00e8s touch\u00e9 par la beaut\u00e9 de sa sonorit\u00e9, assur\u00e9ment une des plus belles de l\u2019histoire de l\u2019instrument.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quand Rose jouait en trio, sa nervosit\u00e9 \u00e9tait rarement un probl\u00e8me, contrairement aux sonates dans lesquelles il avait tendance \u00e0 se laisser envahir par l\u2019adr\u00e9naline et \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le tempo. C\u2019\u00e9tait le cas en particulier dans la fugue finale de la <em>Sonate opus 102 n\u00b0<\/em> 2 de Beethoven. Istomin \u00e9tait bien oblig\u00e9 de suivre, tout en essayant de calmer les choses pour ne pas risquer la catastrophe. Cela se produisit aussi parfois dans la <em>Sonate op. 5 n\u00b0 2, <\/em>notamment au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es o\u00f9 Rose pr\u00e9cipita vertigineusement le tempo de l\u2019<em>Allegro molto <\/em>du premier mouvement et o\u00f9 Istomin refusa de le suivre\u00a0! Ensuite les explications \u00e9taient explosives pour savoir qui \u00e9tait responsable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y avait surtout l\u2019ombre de Casals qui s\u2019interposait entre eux lorsqu\u2019ils se produisaient en sonate. Apr\u00e8s avoir jou\u00e9 si longtemps avec Casals, il \u00e9tait difficile pour Istomin de collaborer avec un autre violoncelliste, quelqu\u2019il soit\u00a0! Il dit un jour \u00e0 Thornton Trapp que quand il jouait avec Rose, c\u2019\u00e9tait presque toujours une interpr\u00e9tation civilis\u00e9e, savante, mais jamais extatique. Quant \u00e0 Rose, il devinait cette r\u00e9ticence et se sentait encore plus en comp\u00e9tition avec Casals, qui est d\u00e9j\u00e0 pour tous les violoncellistes une r\u00e9f\u00e9rence encombrante\u00a0!<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-title title fusion-title-2 fusion-title-text fusion-title-size-four\"><h4 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:15;--minFontSize:15;line-height:1.33;\"><strong>Rose et Casals <\/strong><\/h4><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-3\"><p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, Leonard Rose vint participer au festival de Prades trois ann\u00e9es de suite, et il donna une interview \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et raconta la visite qu\u2019il aurait rendue \u00e0 Casals.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai oubli\u00e9 l\u2019ann\u00e9e. Casals devait avoir 80 ans. J\u2019ai fait le voyage expr\u00e8s pour le rencontrer. Il a ador\u00e9 mon violoncelle. Il l\u2019a pris et il a jou\u00e9, merveilleusement bien. Il avait \u00e0 peu pr\u00e8s 80 ans. J\u2019\u00e9tais curieux et je lui ai demand\u00e9 de jouer certains mouvements des <em>Suites<\/em> de Bach. J\u2019\u00e9tais curieux de voir comment il les jouait. Je dois dire que depuis que j\u2019\u00e9tais petit gar\u00e7on, Casals \u00e9tait mon Dieu. Je n\u2019avais jamais assist\u00e9 \u00e0 un des concerts dans sa grande \u00e9poque. Au moment o\u00f9 je l\u2019ai entendu, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9. Je connaissais beaucoup de ses enregistrements. Je voulais \u00eatre un autre Casals, ce qui n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas possible car Casals avait un talent (g\u00e9nie) unique. Casals a eu le m\u00eame r\u00f4le que Toscanini a eu pour les chefs d\u2019orchestre. Toscanini est arriv\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 les chefs d\u2019orchestre, allemands surtout, prenait des libert\u00e9s absurdes, et non n\u00e9cessaires, avec les \u0153uvres, avec les tempos, faisant des ritardendos ridicules, changeant les orchestrations. Toscanini a dit non, il ne faut pas faire ces ritardendos. \u00a0Il se trouve que j\u2019ai jou\u00e9 avec Toscanini, en 1938, c\u2019\u00e9tait mon premier travail, deuxi\u00e8me violoncelle \u00e0 l\u2019Orchestre de la NBC. Je pense que Casals a eu le m\u00eame r\u00f4le pour les violoncellistes. Casals a \u00e9t\u00e9 un violoncelliste moderne. Il a mis au point un syst\u00e8me tr\u00e8s nouveau de doigt\u00e9. Par exemple, un des grands d\u00e9sirs de Casals \u00e9tait de n\u2019utiliser les glissandos que pour des raisons musicales, et pas pour des raisons techniques. Il faisait un effort particulier pour phraser et \u00e9viter tous les glissandos qui n\u2019avaient aucun sens musicalement. Il mettait un point d\u2019honneur \u00e0 jouer parfaitement juste. Il faut dire qu\u2019avant on jouait plut\u00f4t n\u00e9gligemment\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il semble que Rose n\u2019ait jamais parl\u00e9 de cette visite \u00e0 quiconque, et son biographe, Steven Honigberg, n\u2019y fait aucune allusion. Il n\u2019y en a pas non plus de trace dans la correspondance de Casals, non plus que dans la m\u00e9moire de Marta. On pourrait se demander si Rose n\u2019aurait pas plut\u00f4t r\u00eav\u00e9 cette rencontre\u2026 Ce qui est certain, c\u2019est que Rose a c\u00f4toy\u00e9 Casals en Isra\u00ebl, en particulier lors de le premi\u00e8re \u00e9dition du festival, en 1961, et il a eu souvent l\u2019occasion d\u2019\u00e9changer librement avec lui. L\u2019accueil de Casals a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s cordial, aussi bien en Isra\u00ebl qu\u2019\u00e0 Porto Rico lorsque le Trio avait jou\u00e9 le <em>Triple Concerto <\/em>de Beethoven sous sa direction. Rose, qui \u00e9tait toujours sp\u00e9cialement nerveux lorsqu\u2019il jouait cette \u0153uvre, avait manqu\u00e9 une entr\u00e9e lors de la r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale mais avait tr\u00e8s bien jou\u00e9 au concert. Les compliments de Casals avaient \u00e9t\u00e9 droit au c\u0153ur de Rose.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-title title fusion-title-3 fusion-title-text fusion-title-size-four\"><h4 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:15;--minFontSize:15;line-height:1.33;\"><strong>Accords et d\u00e9saccords<\/strong><\/h4><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-4\"><p>Sur le plan politique, il n\u2019y avait aucune ombre entre eux. Ils partageaient le m\u00eame id\u00e9al d\u00e9mocrate, d\u00e9fendant notamment les droits civiques et le progr\u00e8s social. Tous deux avaient \u00e9prouv\u00e9 la m\u00eame empathie pour Kennedy, Rose consid\u00e9rant sa rencontre avec Kennedy \u00e0 la Maison Blanche, en 1962 lors du concert du Trio, comme un des plus grands moments de sa vie. L\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 Isra\u00ebl, et Rose avait apport\u00e9 sans h\u00e9siter son soutien \u00e0 Hubert Humphrey pour les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles am\u00e9ricaines de 1968, adh\u00e9rant au Comit\u00e9 de soutien pr\u00e9sid\u00e9 par Istomin.<\/p>\n<p>Istomin et Rose s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s \u00e0 New York en 1943. Pour le premier concert d\u2019Istomin avec l\u2019Orchestre Philharmonique de New York, le 22 novembre 1943, Rose \u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du violoncelle solo, Joseph Schuster, et ne joua donc pas le fameux solo de l\u2019Andante du <em>Deuxi\u00e8me Concerto<\/em> de Brahms, \u00e0 son regret. Devenu violoncelle solo l\u2019ann\u00e9e suivante, il participa \u00e0 tous les concerts qu\u2019Istomin donna avec cet orchestre, sous la direction de Rodzinski (Beethoven 4 et 5, en 1944 et 1946), de Szell (Chopin 2 en 1948) et Stokowski (Mozart K. 271 en 1949). Istomin et Rose eurent aussi de nombreuses occasions de faire de la musique de chambre ensemble, avec le petit groupe de musiciens new-yorkais que tous deux c\u00f4toyaient.<\/p>\n<p>La collaboration musicale entre Istomin et Rose \u00e9tait tr\u00e8s facile lorsqu\u2019elle n\u2019avait pas besoin de mots et que leurs instincts s\u2019accordaient. D\u00e8s qu\u2019il y avait discussion, cela pouvait \u00eatre tr\u00e8s tendu. Istomin \u00e9tait toujours s\u00fbr de son fait et peu diplomate dans sa fa\u00e7on de l\u2019exprimer. Rose, arc-bout\u00e9 sur ses convictions et confort\u00e9 par sa connaissance du r\u00e9pertoire et son exp\u00e9rience d\u2019enseignant, n\u2019acceptait pas volontiers de c\u00e9der. Ils ont donn\u00e9 peu de concerts en duo, et les t\u00e9moignages qu\u2019ils en ont laiss\u00e9s ne donnent pas le m\u00eame sentiment de r\u00e9ussite exceptionnelle que leurs collaborations en trio. Ils ont aussi jou\u00e9 des sonates lors de concerts de musique de chambre, notamment lors de leurs d\u00e9buts \u00e0 Ravinia et pendant toute l\u2019ann\u00e9e Beethoven. La <em>Deuxi\u00e8me Sonate<\/em> de Brahms \u00e9tait aussi une de leurs \u0153uvres de pr\u00e9dilection, Rose consid\u00e9rant le deuxi\u00e8me mouvement comme une des pages les plus g\u00e9niales de Brahms. A noter que Rose a enregistr\u00e9 en ao\u00fbt 1982 les deux <em>Sonates<\/em> de Brahms avec le plus proche disciple d\u2019Istomin, Jean-Bernard Pommier.<\/p>\n<p>En 1970, la d\u00e9cision d\u2019Istomin d\u2019abandonner l\u2019enregistrement des <em>Sonates pour piano et violoncelle<\/em> de Beethoven, \u00e0 la suite de son conflit avec Columbia, avait \u00e9t\u00e9 un drame pour Rose. Il consid\u00e9rait cette int\u00e9grale comme \u00ab\u00a0la r\u00e9alisation de l\u2019ambition de toute sa vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-title title fusion-title-4 fusion-title-text fusion-title-size-four\"><h4 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:15;--minFontSize:15;line-height:1.33;\"><strong>Entre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et ranc\u0153ur <\/strong><\/h4><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-5\"><p>Cette d\u00e9cision aurait peut-\u00eatre provoqu\u00e9 l\u2019\u00e9clatement du Trio si l\u2019ensemble ne s\u2019\u00e9tait pas engag\u00e9 pour l\u2019ann\u00e9e du bicentenaire de Beethoven \u00e0 donner quelque soixante-dix concerts, dont une int\u00e9grale in\u00e9dite de sa musique de chambre avec piano annonc\u00e9e \u00e0 Paris, \u00e0 Londres, en Suisse et \u00e0 New York. L\u2019atmosph\u00e8re des premiers concerts, en mai 1970, fut tr\u00e8s tendue, le ressentiment de Stern et surtout de Rose \u00e9tant encore tr\u00e8s vif. Pourtant la complicit\u00e9 musicale semblait quasi intacte et l\u2019amiti\u00e9 reprit peu \u00e0 peu le dessus. Rose fit preuve de beaucoup de sollicitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Istomin lorsque celui-ci souffrit du dos ou des dents, et il proposa de lui tourner les pages pour la <em>Sonate \u00e0 Kreutzer<\/em>. Istomin refusa \u00e0 regret car il pensait que ce n\u2019\u00e9tait pas bon pour l\u2019image de Rose.<\/p>\n<p>La blessure ne se referma jamais, et se rouvrit m\u00eame au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 lorsque Rose apprit qu\u2019Istomin et Stern allaient achever l\u2019enregistrement des <em>Sonates pour violon<\/em> de Beethoven. Il en voulut encore plus \u00e0 Stern qu\u2019\u00e0 Istomin\u00a0! Il trouvait inconcevable que Stern enregistr\u00e2t ces sonates avec Istomin apr\u00e8s ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 en 1970. Stern aurait d\u00fb les enregistrer avec un autre pianiste\u00a0! Lui-m\u00eame avait envisag\u00e9 de le faire avec Van Cliburn mais cela s\u2019av\u00e9ra impossible.<\/p>\n<p>Cette animosit\u00e9 n\u2019emp\u00eachait pas les grands \u00e9lans d\u2019amiti\u00e9 et de partage. Lorsque la m\u00e8re d\u2019Istomin mourut, en 1979, Rose lui \u00e9crivit\u00a0: \u2018\u2019Mon cher Eug\u00e8ne, June m&rsquo;a appris la triste nouvelle ce matin. Apr\u00e8s la mort de ma m\u00e8re, il y a cinq ans, ta lettre avait tellement compt\u00e9 pour moi. Je n&rsquo;ai pas la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire d&rsquo;une mani\u00e8re aussi d\u00e9licate, mais j&rsquo;esp\u00e8re pouvoir te transmettre mes pens\u00e9es les plus chaleureuses et cordiales. Je t\u2019embrasse et t\u2019adresse mes sinc\u00e8res condol\u00e9ances. Xenia se joint \u00e0 moi pour t\u2019envoyer toute notre affection, ainsi qu\u2019\u00e0 Marta. Comme toujours, Lennie\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Un autre t\u00e9moignage \u00e9mouvant, musicalement et humainement, est ce message envoy\u00e9 par Rose en 1981\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne peux pas r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;envie de t\u2019\u00e9crire \u2013 je viens juste d\u2019\u00e9couter notre Trio de Mendelssohn en do mineur \u2013 c\u2019est une interpr\u00e9tation \u00a0\u00a0rayonnante, belle et pleine d\u2019\u00e9lan. C&rsquo;est important pour moi de te dire \u00e0 quel point j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9 par ton jeu. La virtuosit\u00e9 et la sensibilit\u00e9 des id\u00e9es musicales sont fascinantes. Avec beaucoup d\u2019affection.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces contradictions \u00e9taient courantes chez Rose. Dans les m\u00e9moires qu\u2019il avait envisag\u00e9 de publier, il \u00e9crivait qu\u2019Istomin consid\u00e9rait que les \u0153uvres de musique de chambre de Beethoven \u00e9taient des concertos pour piano avec accompagnement d\u2019instrument(s) \u00e0 cordes, et qu\u2019il s\u2019ent\u00eatait \u00e0 vouloir jouer avec le piano grand ouvert quelles que soient l\u2019acoustique de la salle et la puissance du piano. Mais un peu plus loin, il estime que l\u2019\u00e9quilibre avec le piano \u00e9tait presque toujours satisfaisant. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il se montrait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux avec ses \u00e9l\u00e8ves, leur donnant confiance, leur laissant d\u00e9velopper leur propre personnalit\u00e9, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 il pouvait se montrer mesquin quand ils s\u2019inspiraient d\u2019un autre violoncelliste ou quand leur carri\u00e8re prenait son envol. Rose avait le sentiment de n\u2019avoir jamais \u00e9t\u00e9 reconnu \u00e0 sa juste valeur. Il s\u2019est toujours senti en comp\u00e9tition avec les autres violoncellistes et il \u00e9tait jaloux des violoncellistes qui accaparaient l\u2019attention des m\u00e9dias et des m\u00e9lomanes, en particulier de Piatigorsky puis de Rostropovitch. Il en \u00e9prouvait une amertume qui, de temps \u00e0 autre, l\u2019envahissait au-del\u00e0 de toute raison.<\/p>\n<p>En 1980, la tourn\u00e9e du trio en janvier et f\u00e9vrier devait \u00eatre suivie d\u2019une s\u00e9rie de concerts \u00e0 Detroit en avril que Rose manqua pour s\u2019\u00eatre fractur\u00e9 le bras. Le Trio ne devait plus se retrouver que pour les concerts d\u2019hommage \u00e0 deux personnalit\u00e9s qui avaient beaucoup compt\u00e9 dans leur vie\u00a0: le juge supr\u00eame Abe Fortas et le pr\u00e9sident John Fitzgerald Kennedy. Le d\u00e9clin de la carri\u00e8re de Rose s\u2019accentuait. C\u2019est alors qu\u2019il tomba malade, frapp\u00e9 par la m\u00eame leuc\u00e9mie que sa premi\u00e8re \u00e9pouse n\u2019avait pu vaincre. Istomin le soutint de son mieux dans son combat, venant le voir chaque fois qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 New York et lui parlant tr\u00e8s souvent au t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Leonard Rose mourut le 16 novembre 1984. Istomin participa au concert qui fut organis\u00e9 en son hommage par la Juilliard School, en compagnie de Stern, Lynn Harrell, Yo-Yo Ma, Itzhak Perlman et Michael Tree. Istomin aurait souhait\u00e9 que l\u2019enregistrement de deux Sonates de Beethoven qu\u2019ils avaient r\u00e9alis\u00e9 en 1969 puisse para\u00eetre avant la mort de Rose, et Stern insista aupr\u00e8s de Columbia. Mais le CD ne parut que deux ans plus tard et ne fit qu\u2019une br\u00e8ve apparition au catalogue.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-title title fusion-title-5 fusion-title-text fusion-title-size-four\"><h4 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:15;--minFontSize:15;line-height:1.33;\"><strong>Enregistrement<\/strong><\/h4><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-6\"><p><strong>Juillet 1969 Beethoven<\/strong>, <em>Sonate n\u00b0 2 en sol mineur op. 5 n\u00b0 2<\/em>, <em>Sonate n\u00b0 3 en la majeur op. 69<\/em>, <em>Sonate n\u00b0 5 en r\u00e9 majeur op. 102 n\u00b0 2.<\/em><\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-title title fusion-title-6 fusion-title-text fusion-title-size-four\"><h4 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:15;--minFontSize:15;line-height:1.33;\"><strong>Quelques concerts (en dehors de ceux du Trio) <\/strong><\/h4><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-7\"><p>1961, 3 mars. Washington. Library of Congress. <strong>Beethoven<\/strong>, <em>Sonate n\u00b0 2 en sol mineur op. 5 n\u00b0 2<\/em>, <em>Sonate n\u00b0 3 en la majeur op. 69<\/em>, <em>Sonate n\u00b0 5 en r\u00e9 majeur op. 102 n\u00b0 2.<\/em> Concert enregistr\u00e9.<\/p>\n<p>1961, 3 d\u00e9cembre. Studio de la BBC. <strong>Brahms<\/strong>, <em>Sonate n\u00b0 2 en fa majeur op. 99. <\/em>Enregistrement sans public.<\/p>\n<p>1969, 22 juillet. Stratford (Canada). <strong>Beethoven<\/strong>. <em>Sonate n\u00b0 5 en r\u00e9 majeur op. 102 n\u00b0 2. <\/em>Concert enregistr\u00e9<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":385,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4111"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4111"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4111\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7375,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4111\/revisions\/7375"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/385"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4111"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}