{"id":6470,"date":"2019-12-15T12:38:12","date_gmt":"2019-12-15T11:38:12","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=6470"},"modified":"2020-02-21T23:50:01","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:01","slug":"russie","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/lhomme\/russie\/","title":{"rendered":"Russie"},"content":{"rendered":"<p><div class=\"fusion-bg-parallax\" data-bg-align=\"left top\" data-direction=\"down\" data-mute=\"false\" data-opacity=\"100\" data-velocity=\"-0.3\" data-mobile-enabled=\"false\" data-break_parents=\"0\" data-bg-image=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2000-l\u00e9gion-dhonneur.jpg\" data-bg-repeat=\"false\" ><\/div><div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 fusion-parallax-down nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-background-position:left top;--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-padding-top:420px;--awb-padding-right:0px;--awb-padding-bottom:20px;--awb-padding-left:0px;--awb-background-image:url(&quot;https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2000-l\u00e9gion-dhonneur.jpg&quot;);--awb-background-size:cover;--awb-border-sizes-top:0px;--awb-border-sizes-bottom:0px;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-one\"><h1 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:34;line-height:1.41;\"><span style=\"color: white; text-shadow: 1px 1px #333333;\">Russie<\/span><\/h1><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep- sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-2 nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-background-position:left top;--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-padding-top:20px;--awb-padding-right:0px;--awb-padding-bottom:20px;--awb-padding-left:0px;--awb-border-sizes-top:0px;--awb-border-sizes-bottom:0px;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p>Pendant toute son enfance, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il quitte Siloti, Eugene Istomin baigna dans la culture russe. Il parla russe avant de parler anglais. Ses parents parlaient russe \u00e0 la maison et y r\u00e9p\u00e9taient les m\u00e9lodies populaires qu\u2019ils chantaient au fameux cabaret \u2018\u2019La Chauve-souris\u2019\u2019. Les amis de ses parents \u00e9taient majoritairement des \u00e9migr\u00e9s russes. La famille de son premier professeur, Alexandre Siloti, fut un peu sa seconde famille pendant plus de six ans, et on y parlait davantage russe et fran\u00e7ais qu\u2019anglais. Pourtant, Istomin eut beaucoup de mal \u00e0 assumer son ascendance russe\u00a0!<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-2 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-2 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">La musique et les musiciens russes<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p>Tous les jeunes pianistes de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019Istomin (Kapell, Graffman, Janis, Katchen, et m\u00eame Fleisher) ont b\u00e2ti peu ou prou leur carri\u00e8re sur les concertos de Rachmaninov, Prokofiev, Tcha\u00efkovsky et Khatchaturian. Pendant les ann\u00e9es 40 et 50, ce r\u00e9pertoire \u00e9tait la plus s\u00fbre voie d\u2019acc\u00e8s au succ\u00e8s. Istomin s\u2019y refusa, ne jouant qu\u2019une fois le <em>Troisi\u00e8me Concerto<\/em> de Rachmaninoff en 1944 et, malgr\u00e9 l\u2019accueil enthousiaste du public et de la critique, l\u2019abandonnant aussit\u00f4t pour toujours. Il a fallu l\u2019insistance de David Oppenheim pour qu\u2019Istomin accepte de s\u2019attaquer au <em>Deuxi\u00e8me<\/em> de Rachmaninoff puis au <em>Premier<\/em> de Tcha\u00efkovsky afin de les enregistrer pour Columbia. Par ailleurs, il les a peu jou\u00e9s en concert. Plus tard dans sa carri\u00e8re, il se tourna \u00e0 nouveau vers le r\u00e9pertoire russe, non plus pour briller avec des concertos c\u00e9l\u00e8bres mais pour d\u00e9fendre des \u0153uvres qu\u2019il jugeait injustement m\u00e9sestim\u00e9es\u00a0: les <em>Variations sur un th\u00e8me de Chopin<\/em> (qu\u2019il renon\u00e7a finalement \u00e0 jouer en public ) et le <em>Quatri\u00e8me Concerto<\/em> de Rachmaninov, la <em>Sonate en sol mineur opus 22<\/em> de Medtner.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019Istomin avait refus\u00e9 aussi avec la plus grande \u00e9nergie, c\u2019\u00e9tait d\u2019appara\u00eetre comme un pianiste russe. Depuis longtemps, c\u2019\u00e9tait un argument tr\u00e8s porteur aux Etats-Unis. \u00a0Olga Samaroff, l\u2019\u00e9minente pianiste am\u00e9ricaine, \u00e9tait n\u00e9e au Texas et s\u2019appelait en fait Lucy Mary Olga Agnes Hickenlooper. Aid\u00e9e par son pseudonyme russe, elle commen\u00e7a une tr\u00e8s brillante carri\u00e8re en 1905, qu\u2019elle dut interrompre en 1925 \u00e0 la suite d\u2019une malencontreuse chute. Elle fut le premier interpr\u00e8te, apr\u00e8s Hans von B\u00fclow \u00e0 jouer en concert les 32 Sonates de Beethoven, et son prestige \u00e9tait tel qu\u2019elle put imposer Leopold Stokowski, son mari, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Orchestre de Philadelphie. Les interpr\u00e8tes russes re\u00e7urent souvent un accueil d\u00e9lirant lors de leurs tourn\u00e9es aux Etats-Unis\u00a0: O\u00efstrakh et Guilels en 1955, Rostropovitch en 1956, le Ballet du Bolcho\u00ef en 1959, Richter en 1960. Ces tourn\u00e9es \u00e9taient organis\u00e9es par Sol Hurok, le grand impr\u00e9sario am\u00e9ricain d\u2019origine russe, qui avait des contacts privil\u00e9gi\u00e9s avec les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Hurok s\u2019\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 Istomin d\u00e8s son succ\u00e8s au Concours Leventritt et ses d\u00e9buts avec l\u2019Orchestre Philharmonique de New York. Il lui avait promis de faire de lui une star, comptant s\u2019appuyer sur les origines russes du jeune pianiste. Hurok n\u2019avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter Serkin lors de sa premi\u00e8re tourn\u00e9e am\u00e9ricaine en 1936-37 comme un \u00ab\u00a0pianiste russe sensationnel\u00a0\u00bb! Mais Istomin ne voulait pas accepter d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un pianiste russe. Il avait refus\u00e9 la proposition de Hurok et avait choisi, sur le conseil de Serkin, l\u2019autre grand agent am\u00e9ricain, Arthur Judson.<\/p>\n<p>Istomin finira pourtant par rejoindre Hurok en 1962, \u00e0 la demande d\u2019Isaac Stern, lorsque l\u2019essor du Trio rendit n\u00e9cessaire que ses trois membres aient le m\u00eame agent. Sol Hurok organisera, sous l\u2019\u00e9gide du d\u00e9partement d\u2019\u00e9tat, la seule et unique tourn\u00e9e de Eugene en URSS en 1965.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-3 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-3 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">La langue et la litt\u00e9rature russe<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-3\"><p>Istomin aimait lire en russe mais il avait le sentiment de ne pas ma\u00eetriser la langue suffisamment pour profiter pleinement des grandes \u0153uvres litt\u00e9raires. Les russes avec lesquels ils parlaient se montraient souvent \u00e9tonn\u00e9s de son aisance. Mais lui-m\u00eame pensait qu\u2019il parlait un russe trop basique et il ne s\u2019en montrait pas satisfait. D\u2019ailleurs, il n\u2019avait l\u2019occasion de parler russe que tr\u00e8s rarement, en dehors de ses conversations avec Slava Rostropovitch\u00a0!<\/p>\n<p>Sa biblioth\u00e8que comportait de nombreux livres d\u2019auteurs russes, la plupart dans des traductions en anglais, avec une pr\u00e9dilection marqu\u00e9e pour Tolsto\u00ef. Outre ses principaux romans, Istomin avait r\u00e9uni pas moins de cinq ouvrages biographiques et l\u2019\u00e9dition int\u00e9grale de sa correspondance. En octobre 1948, il participa \u00e0 un grand concert donn\u00e9 \u00e0 Carnegie Hall en hommage \u00e0 L\u00e9on Tolsto\u00ef \u00e0 l\u2019occasion du 120<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de sa naissance, au b\u00e9n\u00e9fice des immigr\u00e9s europ\u00e9ens en difficult\u00e9.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-4 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-4 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">L\u2019histoire et la politique<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-4\"><p>C\u2019est \u00e0 travers les r\u00e9cits de ses parents et de leurs nombreux amis russes immigr\u00e9s qu\u2019Istomin, tr\u00e8s jeune, avait pris connaissance des drames de la R\u00e9volution sovi\u00e9tique. Sa m\u00e8re avait vu son premier mari fusill\u00e9 sous ses yeux. Son p\u00e8re, officier de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air du Tsar, avait particip\u00e9 \u00e0 la lutte contre les Bolcheviks et, apr\u00e8s l\u2019ultime d\u00e9faite en Crim\u00e9e, il avait pu rejoindre Constantinople, et bient\u00f4t partir pour l\u2019Am\u00e9rique. Il laissait une femme et un fils, qu\u2019il ne reverrait jamais.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, Istomin suivit avec son p\u00e8re les \u00e9v\u00e9nements importants en URSS, en particulier les proc\u00e8s de Moscou, entre 1936 et 1938, qui permirent \u00e0 Staline d\u2019\u00e9liminer tous ses opposants. Parmi eux, il y avait des militaires qui avaient \u00e9t\u00e9 des compagnons d\u2019armes de son p\u00e8re et qui, eux, avaient choisi le camp bolchevique. Ils furent tous condamn\u00e9s \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Istomin resta toujours tr\u00e8s attentif \u00e0 ce qui se passait en Union Sovi\u00e9tique\u00a0: le pacte avec l\u2019Allemagne nazie en 1939, la mainmise sur l\u2019Europe de l\u2019Est au lendemain de la guerre, l\u2019\u00e9crasement de l\u2019insurrection de Budapest en 1956, l\u2019av\u00e8nement de Khrouchtchev et de la d\u00e9stalinisation\u2026 Soucieux que son pays ne laisse pas le champ libre \u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique sur le terrain de la communication culturelle, Istomin s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 la disposition du gouvernement am\u00e9ricain pour aller donner des concerts partout o\u00f9 cela pouvait servir l\u2019image des Etats-Unis. C\u2019est ainsi qu\u2019on lui proposa plusieurs missions de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du rideau de fer, en 1963 et 1965.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-5 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-5 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">La tourn\u00e9e en URSS d\u2019avril 1965<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-5\"><p>Lorsque la tourn\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 conclue, Nikita Khrouchtchev \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de l\u2019URSS, mais il fut renvers\u00e9 et remplac\u00e9 par Brejnev en octobre 1964. Apr\u00e8s un moment de relative libert\u00e9, le secteur culturel fut repris en main. N\u00e9anmoins, l\u2019accueil des autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques fut moins glacial qu\u2019\u00e0 Sofia deux ans plus t\u00f4t, en tout cas plus respectueux.<\/p>\n<p>En un peu plus de trois semaines, Istomin donna une dizaine de concerts \u00e0 Moscou, Kiev, Riga et Leningrad. A Kiev, il joua avec l\u2019Orchestre symphonique d&rsquo;\u00e9tat de la R\u00e9publique socialiste d&rsquo;Ukraine et son directeur musical Stepan Tourtchak (<em>Quatri\u00e8me Concerto<\/em> de Beethoven et <em>Deuxi\u00e8me<\/em> de Brahms). La tourn\u00e9e s\u2019acheva par deux concerts avec l\u2019orchestre le plus prestigieux d\u2019URSS, le Philharmonique de Leningrad, sous la direction d\u2019Arvid Jansons, jouant les deux derniers concertos de Beethoven. Pour ses r\u00e9citals, il avait conserv\u00e9 le programme qu\u2019il donnait alors r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0: Haydn, <em>Sonate en la Majeur Hob.XVI:12<\/em>\u00a0; Schubert, <em>Impromptus op. 90 n\u00b0 3 et 2<\/em>\u00a0; Beethoven, Sonate n\u00b0 21 \u00ab\u00a0Waldstein\u00a0\u00bb\u00a0\/\/ Stravinsky, <em>Sonate<\/em>\u00a0; Chopin, <em>Nocturne op. 15 n\u00b0 1<\/em> et <em>Scherzo n\u00b0 1 op. 20<\/em>.<\/p>\n<p>Il n\u2019avait pas voulu jouer de musique russe, en dehors de la <em>Sonate<\/em> de Stravinsky, qui n\u2019a rien de russe\u00a0! En effet, il \u00e9tait hors de question pour lui de jouer le r\u00f4le de l\u2019enfant prodigue de retour au pays de ses anc\u00eatres. Il \u00e9tait un pianiste am\u00e9ricain, sp\u00e9cialiste du r\u00e9pertoire classique et romantique, et se pr\u00e9sentait bien en tant que tel. Istomin \u00e9tait assez content de la fa\u00e7on dont il avait jou\u00e9 et l\u2019accueil du public avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chaleureux. Il re\u00e7ut de nombreux messages d\u2019admiration et de remerciement, en russe ou en anglais, qu\u2019il conserva. La plupart \u00e9taient anonymes, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une lettre tr\u00e8s touchante, sign\u00e9e par quatre \u00e9l\u00e8ves du Conservatoire de Minsk, lui disant qu\u2019aucun autre pianiste ne les avait touch\u00e9s autant et le suppliant de revenir.<\/p>\n<p>Istomin avait pu rencontrer des membres de sa famille, en particulier la premi\u00e8re femme de son p\u00e8re, qui lui apprit que son demi-fr\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 pendant la Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-6 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-6 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Un anticommunisme profond\u00e9ment ancr\u00e9<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-6\"><p>En 1988, lors d\u2019une interview \u00e0 la Radio Suisse-Romande, Istomin d\u00e9clara \u00e0 propos de la R\u00e9volution russe\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est peut-\u00eatre la plus grande catastrophe de tous les temps, en tout cas une des plus grandes d\u00e9ceptions de l\u2019Histoire, pour tout le monde, mais surtout pour les intellectuels. Apr\u00e8s la R\u00e9volution, presque tous y croyaient, c\u2019\u00e9tait devenu comme une religion\u00a0! Et regardez aujourd\u2019hui ! J\u2019ai fait une tourn\u00e9e en 1965, et j\u2019y suis revenu en 1980. Je ne veux pas parler de la politique, je ne suis pas un politique. Et je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 par les orthodoxies, qu\u2019elles soient religieuses ou politiques. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par le marxisme, mais beaucoup de ma g\u00e9n\u00e9ration, tous les intellectuels, \u00e9taient tr\u00e8s tent\u00e9s d\u2019y croire, avec les drames et les d\u00e9ceptions que l\u2019on sait. Les plus grands \u00e9crivains, Sartre, Hemingway se sont bien mieux exprim\u00e9s sur ce sujet que je ne pourrais le faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Convaincu de la nature malfaisante du r\u00e9gime communiste et de son imp\u00e9rialisme sans limites, Istomin approuva longtemps les interventions am\u00e9ricaines en Asie du Sud-Est, avant de prendre conscience que ces guerres \u00e9taient impossibles \u00e0 gagner et de remettre profond\u00e9ment en cause la strat\u00e9gie de Johnson et le r\u00f4le incontr\u00f4lable de la CIA \u00e0 partir de 1967.<\/p>\n<p>Istomin vit l\u2019arriv\u00e9e de Gorbatchev au printemps 1985, et les promesses de lib\u00e9ralisation du r\u00e9gime avec scepticisme. Interrog\u00e9 en 1988 par Patrick Ferla sur l\u2019\u00e9volution de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, il r\u00e9pondit\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re certainement que Gorbatchev r\u00e9ussira. Je crois qu\u2019il est conscient d\u2019\u00eatre dans une voie presque sans issue mais, si on le laisse continuer, on peut esp\u00e9rer que certaines choses changent. Je crains que le syst\u00e8me lui-m\u00eame ne permette pas d\u2019apporter assez de libert\u00e9 pour que l\u2019\u00e9conomie \u00e9volue, et pour que l\u2019\u00e9panouissement de l\u2019\u00eatre humain soit possible. L\u00e0, je parle de l\u2019homme ordinaire, de l\u2019homme de la rue. Mais il y a aussi la possibilit\u00e9 qu\u2019il nous m\u00e8ne vers une sorte de guet-apens, Il faut rester prudent. Le monde libre doit rester sur la d\u00e9fensive.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La participation d\u2019Istomin au Forum Culturel de Budapest, en 1985, avait encore renforc\u00e9 sa conviction que les r\u00e9gimes communistes n\u2019\u00e9taient pas susceptibles de se lib\u00e9raliser. Cette r\u00e9union spectaculaire d\u2019artistes, d\u2019\u00e9crivains et de musiciens \u00e9tait cens\u00e9e jeter les bases d\u2019une coop\u00e9ration culturelle constructive entre tous les pays qui avaient sign\u00e9 les Accords d\u2019Helsinki. Elle s\u2019acheva dans la plus grande confusion, l\u2019URSS accusant les USA de tous les maux, comme au bon vieux temps de la Guerre froide.<\/p>\n<p>Les dramatiques conflits de l\u2019ex-Yougoslavie l\u2019avaient \u00e9galement confort\u00e9 dans le sentiment que l\u2019h\u00e9ritage du communisme serait terriblement difficile \u00e0 effacer, dans les structures des \u00e9tats comme dans les mentalit\u00e9s des citoyens. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9viction de Gorbatchev, les accessions au pouvoir de Boris Eltsine et de Poutine laiss\u00e8rent Istomin plus que perplexe. Il avait pressenti que Poutine conserverait les c\u00f4t\u00e9s les plus noirs du communisme et y ajouterait ceux du tsarisme.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-7 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-7 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">L\u2019\u00e2me russe<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-7\"><p>Pour Mstislav Rostropovitch, il ne faisait aucun doute que son ami Eugene Istomin avait conserv\u00e9 son \u00e2me russe. Il lui reprochait d\u2019ailleurs de ne pas avoir davantage d\u2019\u0153uvres russes \u00e0 son r\u00e9pertoire et de ne pas vouloir apprendre le <em>Trio<\/em> de Tchaikovsky pour le jouer avec lui\u00a0! Il s\u2019\u00e9tonnait aussi de ne pas le voir davantage d\u00e9sireux de renouer avec la Russie, alors que lui-m\u00eame r\u00eavait d\u2019y retourner et tenait \u00e0 y mourir. La grande diff\u00e9rence \u00e9tait que Rostropovitch \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Bakou et avait pass\u00e9 les 47 premi\u00e8res ann\u00e9es de son existence en Union Sovi\u00e9tique, tandis qu\u2019Istomin n\u2019y avait pass\u00e9 que quelques semaines en tourn\u00e9e, en 1965. Le projet de faire une importante s\u00e9rie de livres sur les collections du Mus\u00e9e de l\u2019Ermitage de Saint-P\u00e9tersbourg (qui s\u2019appelait encore Leningrad) aurait pu permettre \u00e0 Istomin de renouer avec la Russie \u00e9ternelle. Il avait men\u00e9 \u00e0 bien les difficiles n\u00e9gociations avec les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques et les conservateurs du Mus\u00e9e. Mais l\u2019invasion de l\u2019Afghanistan par les troupes sovi\u00e9tiques mit brutalement un terme \u00e0 ce projet enthousiasmant.<\/p>\n<p>De fait, pour Istomin l\u2019\u00e2me de la Russie n\u2019existait plus dans la r\u00e9alit\u00e9 et aurait bien du mal \u00e0 rena\u00eetre un jour. Elle ne subsistait que dans ses souvenirs d\u2019enfance\u00a0: les ann\u00e9es pass\u00e9es avec Alexandre Siloti (auquel il rendit hommage en 1990, organisant un concert qui permit de cr\u00e9er une bourse \u00e0 son nom \u00e0 la Juilliard School)\u00a0; le cercle des immigr\u00e9s russes que c\u00f4toyaient ses parents, qui lui avaient apport\u00e9 leur soutien dans les moments difficiles. Maintenant, l\u2019\u00e2me russe se trouvait seulement dans la litt\u00e9rature et la musique du pass\u00e9. Istomin admirait Stravinsky et s\u2019identifiait \u00e0 Serge Rachmaninov, en particulier \u00e0 son <em>Quatri\u00e8me Concerto<\/em> qui associait la sensibilit\u00e9 russe et la culture am\u00e9ricaine, un m\u00e9lange qui lui allait droit au c\u0153ur.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":10001,"featured_media":0,"parent":15,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"100-width.php","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6470"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10001"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6470"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6470\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7334,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6470\/revisions\/7334"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/15"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6470"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}