{"id":6455,"date":"2019-12-15T11:44:33","date_gmt":"2019-12-15T10:44:33","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=6455"},"modified":"2020-02-21T23:50:01","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:01","slug":"schonberg","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/le-musicien\/donner-des-concerts\/schonberg\/","title":{"rendered":"Schonberg"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Le cas Harold Schonberg et le New York Times<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p>Pendant les douze premi\u00e8res ann\u00e9es de sa carri\u00e8re, Istomin fut plut\u00f4t bien trait\u00e9 par le <em>New York Times<\/em>. Noel Straus salua les d\u00e9buts de ce \u00ab\u00a0pianiste si dou\u00e9\u00a0\u00bb, et l\u2019accueil de ses r\u00e9citals fut globalement favorable, m\u00eame si, in\u00e9vitablement, on lui reprochait les d\u00e9fauts de sa jeunesse. Howard Taubman s\u2019extasia m\u00eame devant ses concerts avec Casals \u00e0 Perpignan en 1951 et \u00e9crivit en d\u00e9cembre 1955, apr\u00e8s l\u2019avoir entendu jouer le <em>Quatri\u00e8me Concerto <\/em>de Beethoven sous la direction de George Szell : \u00ab\u00a0Istomin a montr\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 la fois un po\u00e8te et un penseur. Son jeu a atteint une stup\u00e9fiante maturit\u00e9.\u00a0\u00bb Malheureusement pour Istomin, Howard Taubman abandonna en 1960 la responsabilit\u00e9 de la rubrique musique pour prendre celle du th\u00e9\u00e2tre et il fut remplac\u00e9 par Harold Schonberg.<\/p>\n<p>Schonberg, arriv\u00e9 comme pigiste en 1950, r\u00e9gna sur la critique musicale du <em>New York Times <\/em>jusqu\u2019\u00e0 sa retraite en 1980. Il r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019imposer, aussi bien au sein du journal que dans le milieu musical, au point d\u2019\u00eatre le premier critique musical \u00e0 recevoir le Prix Pulitzer, en 1971. Il avait su se mettre \u00e0 la port\u00e9e d\u2019un large public, bien au-del\u00e0 du cercle des m\u00e9lomanes, en usant d\u2019un style simple et direct. La tranquille assurance de ses comptes-rendus s\u00e9curisait ses lecteurs et son go\u00fbt de la provocation les s\u00e9duisait. Il avait aussi compris que le public \u00e9tait demandeur de livres permettant d\u2019avoir, de fa\u00e7on tr\u00e8s accessible, une vision de l\u2019histoire de la musique et une pr\u00e9sentation des grands interpr\u00e8tes. Ses livres connurent un grand succ\u00e8s\u00a0: <em>Les grands pianistes<\/em> (1963, 1987), <em>Les grands chefs d\u2019orchestre<\/em> (1967)\u00a0; <em>La vie des grands compositeurs<\/em> (1970, 1981, 1997).<\/p>\n<p>En d\u00e9couvrant aujourd\u2019hui ses livres et ses articles, on ne peut qu\u2019\u00eatre surpris qu\u2019Harold Schonberg ait connu une telle reconnaissance. C\u2019\u00e9tait une conception populiste de la critique musicale. Aux pr\u00e9jug\u00e9s de nombre de ses coll\u00e8gues, il en ajoutait bien d\u2019autres, \u00e0 commencer par un rejet syst\u00e9matique de toute la musique du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0:\u00a0 Stravinsky \u00e9tait tr\u00e8s surestim\u00e9, la musique s\u00e9rielle \u00e9tait une aberration, les minimalistes des \u00e2nes, Chostakovitch n\u2019avait pas beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat, Britten encore moins. Quant \u00e0 la musique baroque, ce n\u2019\u00e9tait que du vide. Pour les interpr\u00e8tes, ses pr\u00e9jug\u00e9s \u00e9taient \u00e9galement tr\u00e8s marqu\u00e9s avec des t\u00eates de turc, en particulier Leonard Bernstein. Il ne supportait pas sa direction spectaculaire, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 se moquer de lui, le traitant de \u00ab\u00a0Peter Pan de la musique\u00a0\u00bb et le comparant \u00e0 Nijinsky. En ce qui concerne le piano, son domaine de pr\u00e9dilection, ses pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9taient le piano russe (il avait fait l\u2019apologie de Richter lors de sa venue en 1960) et la virtuosit\u00e9 romantique de la vieille \u00e9cole. Dans son livre <em>The Great Pianists<\/em>, il consacre deux pages \u00e0 Jorge Bolet et se contente de nommer Fleisher, Graffman, Istomin ou Katchen.<\/p>\n<p>Son narcissisme et son arrogance \u00e9taient \u00e9galement remarquables. Il se vantait d\u2019\u00e9crire ses papiers en moins de 45 minutes et narguait volontiers ses coll\u00e8gues qui y passaient plus de temps. Il venait souvent au concert avec ses partitions, expliquant que certains musiciens \u00e9taient si ennuyeux que suivre sur la partition \u00e9tait la meilleure fa\u00e7on d\u2019\u00e9viter de s\u2019endormir. Il assumait sans vergogne son parti-pris de subjectivit\u00e9: \u2018\u2018ce n\u2019est pas le probl\u00e8me du critique d\u2019avoir raison ou d\u2019avoir tort\u00a0; il doit simplement exprimer son opinion dans un style compr\u00e9hensible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette \u00e9troitesse d\u2019esprit, ce manque d\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle et de respect pour la musique et les musiciens ne tard\u00e8rent pas \u00e0 exasp\u00e9rer une grande partie du milieu musical. En juillet 1972, Alexander Schneider adressa \u00e0 Schonberg une lettre ouverte qui fit beaucoup rire. Schonberg avait la pr\u00e9tention d\u2019\u00eatre aussi un grand sp\u00e9cialiste du jeu d\u2019\u00e9checs et il r\u00e9ussit \u00e0 se faire envoyer \u00e0 Reykjavik pour rendre compte du fameux Championnat du Monde entre Bobby Fischer et Boris Spassky. L\u2019\u00e9v\u00e9nement avait tenu en haleine le monde entier. Voici ce qu\u2019\u00e9crivit Schneider\u00a0: \u00ab\u00a0Tous mes amis, pas seulement les musiciens, mais aussi des gens importants, intelligents, ne dorment plus la nuit, attendant vos comptes-rendus. Nous sommes tous d\u2019accord pour dire que vous \u00eates le plus grand et le meilleur journaliste dans le domaine des \u00e9checs. Et je suis s\u00fbr que tous les joueurs d\u2019\u00e9checs souhaitent que vous arr\u00eatiez d\u2019\u00e9crire sur la musique\u00a0!\u00a0\u00bb \u00a0Malheureusement pour Istomin et pour beaucoup d\u2019autres, Schonberg ne suivit pas ce conseil. Ce que Schneider ne savait peut-\u00eatre pas, c\u2019est que Schonberg, s\u2019ennuyant probablement \u00e0 \u00e9couter de la musique, lisait des thrillers et des romans policiers. Il avait \u00e9galement su s\u2019imposer au <em>New York Times<\/em> o\u00f9 il les chroniquait sous le pseudonyme de <em>Newgate Callendar<\/em>.<\/p>\n<p>Il y avait chez Schonberg une jubilation de la perversit\u00e9\u00a0: conc\u00e9der quelques qualit\u00e9s secondaires \u00e0 un interpr\u00e8te et donner ainsi des gages de sa bonne foi, afin de donner plus d\u2019impact aux phrases assassines qui suivaient. Ainsi en 1951, apr\u00e8s un r\u00e9cital \u00e0 Carnegie Hall, il commen\u00e7a par reconna\u00eetre \u00e0 Istomin un potentiel pour tr\u00e8s bien jouer du piano, mais il s\u2019empressa de d\u00e9plorer aussit\u00f4t que sa sonorit\u00e9 soit m\u00e9tallique, puis lui recommanda de se d\u00e9tendre et de laisser la musique parler. Parfois, comme en 1962 pour le <em>Deuxi\u00e8me Concerto<\/em> de Brahms avec Bernstein et l\u2019Orchestre Philharmonique de New York, Schonberg se montrait insupportablement condescendant\u00a0: \u00ab\u00a0M. Istomin continue \u00e0 grandir, et depuis quelques ann\u00e9es il est devenu un artiste.\u00a0\u00bb \u00a0En 1973, pour un nouveau r\u00e9cital \u00e0 Carnegie Hall, il s\u2019autorisa quelques compliments sur sa sonorit\u00e9, avant de rab\u00e2cher inlassablement son ultra-professionnalisme. C\u2019\u00e9tait pour mieux signifier qu\u2019il n\u2019y avait ni imagination, ni \u00e9motion dans ses interpr\u00e9tations.<\/p>\n<p>Les seuls moments o\u00f9 Harold Schonberg se montra positif \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Istomin, c\u2019est lorsqu\u2019il jouait avec le Trio. Encore prenait-il soin de remarquer que s\u2019il avait excell\u00e9 dans le <em>Triple Concerto<\/em> de Beethoven, il avait auparavant fait preuve de plus d\u2019efficacit\u00e9 que de po\u00e9sie dans le <em>Quatri\u00e8me Concerto<\/em>\u00a0!<\/p>\n<p>Il arrivait que Schonberg ne puisse se rendre \u00e0 un concert et qu\u2019un de ses coll\u00e8gues le suppl\u00e9\u00e2t. Mais le poids de son autorit\u00e9 dans la r\u00e9daction \u00e9tait tel que les chances d\u2019Istomin d\u2019avoir une critique favorable dans le <em>New York Times<\/em> \u00e9taient tr\u00e8s minces. Seul Allen Hughes s\u2019y risqua pour un <em>Deuxi\u00e8me Concerto<\/em> de Chopin avec l\u2019Orchestre de Cleveland en 1972. Les pigistes \u00e9taient pr\u00e9venus d\u2019embl\u00e9e qu\u2019au <em>New York Times<\/em> \u00ab\u00a0on n\u2019aimait pas Istomin\u00a0\u00bb. Howard Klein, pour un r\u00e9cital \u00e0 Carnegie Hall en f\u00e9vrier 1964, s\u2019y conforma volontiers: \u00ab\u00a0Un mod\u00e8le de pianisme moderne, techniquement brillant, intelligent, contr\u00f4l\u00e9 et logique\u2026 mais la sensibilit\u00e9 ne semble pas \u00eatre un des points forts de M. Istomin, car peu de ce qu\u2019il joue touche le c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avant son r\u00e9cital \u00e0 Carnegie Hall en novembre 1971, Istomin avait eu l\u2019honneur d\u2019une longue interview dans le <em>New York Times,<\/em> r\u00e9alis\u00e9e par John Gruen. Une telle mise en valeur, plut\u00f4t inhabituelle dans les colonnes de ce journal, d\u00e9plut fortement \u00e0 Harold Schonberg. Ce fut Donal Henahan qui assura la critique du concert. Elle aurait pu \u00eatre sign\u00e9e Harold Schonberg. Le titre \u00e9tait engageant\u00a0: \u00ab\u00a0Istomin, au piano, apporte du raffinement\u00a0\u00bb. Mais la suite ressemblait \u00e0 un r\u00e8glement de compte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019approche du pianiste est celle d\u2019un dessinateur, scrupuleux sur les d\u00e9tails et se servant en permanence d\u2019une \u00e9querre et d\u2019un compas. La musique n&rsquo;est pas une plaisanterie pour ce grand artiste.\u00a0\u00bb En dehors d\u2019un nocturne de Chopin et de deux pi\u00e8ces de Brahms, rien n\u2019\u00e9tait \u00e0 sauver. Henahan avait trouv\u00e9 la <em>Sonate en r\u00e9 majeur<\/em> de Schubert mortellement ennuyeuse, et la conclusion de son article se voulait f\u00e9roce\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il fallait mentionner l\u2019\u0153uvre la plus \u00e9trang\u00e8re au style anti-flamboyant de M. Istomin, ce serait bien la <em>Polonaise \u2018\u2019Militaire<\/em>\u2019\u2019 de Chopin qui termina le r\u00e9cital en explosant comme un p\u00e9tard mouill\u00e9\u00a0\u00bb. Ce qui rendait la formule assez cocasse, c\u2019est que Henahan avait confondu la Polonaise <em>H\u00e9ro\u00efque<\/em> avec la <em>Militaire<\/em>\u00a0! Ce n\u2019est pas s\u00fbr que cela ait suffi \u00e0 consoler Istomin, m\u00eame si Harriett Johnson avait rendu une critique dithyrambique dans le <em>New York Post<\/em>, le qualifiant de \u00ab\u00a0po\u00e8te de l\u2019introspection\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Etonnamment Donal Henahan, encore tr\u00e8s dur \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Istomin en juin 78 (\u00e0 nouveau \u00e0 propos de la Sonate en r\u00e9 majeur de Schubert, dont il ne supportait manifestement la longueur), se montra beaucoup ouvert lorsqu\u2019il prit la succession de Schonberg en 1980, se sentant sans doute plus libre d\u2019\u00e9crire ce qu\u2019il pensait. En mai puis en octobre, il ne m\u00e9nagea pas ses compliments sur ses interpr\u00e9tations du <em>Troisi\u00e8me Concerto<\/em> de Beethoven et du <em>Premier Concerto<\/em> de Tcha\u00efkovsky. D\u00e9sormais, les concerts d\u2019Istomin furent re\u00e7us dans le <em>New York Times<\/em> avec bienveillance, en tout cas sans acrimonie. Le temps de Schonberg \u00e9tait bien pass\u00e9, m\u00eame s\u2019il continua quelque temps \u00e0 collaborer au journal comme pigiste.<\/p>\n<p>A noter qu\u2019apr\u00e8s sa retraite Schonberg eut l\u2019occasions de rencontrer Istomin \u00e0 plusieurs reprises, notamment au concert inaugural de la pr\u00e9sidence de Ronald Reagan en janvier 1981 et dans le jury du Concours de Santander en 1987. Il se comporta comme s\u2019ils \u00e9taient amis depuis toujours, mais Istomin ne l\u2019entendit pas de cette oreille!<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":10001,"featured_media":0,"parent":2363,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6455"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10001"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6455"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6455\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7335,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6455\/revisions\/7335"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2363"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}