{"id":4206,"date":"2016-06-27T10:51:22","date_gmt":"2016-06-27T08:51:22","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=4206"},"modified":"2020-02-21T23:50:07","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:07","slug":"le-trac","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/le-musicien\/donner-des-concerts\/le-trac\/","title":{"rendered":"Le trac"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p>\u2018\u2019J\u2019ai donn\u00e9 plus de trois mille concerts, et il n\u2019y en a pas eu un o\u00f9 je n\u2019aie pas souffert du trac. Tous les grands artistes ont le trac. Casals en a souffert toute sa vie\u00a0! Je me souviens du premier concert du Festival de Prades en 1950. Quand il s\u2019est assis pour jouer la <em>Premi\u00e8re Suite pour violoncelle seul <\/em>de Bach, je pouvais voir sa jambe trembler\u00a0!\u2019\u2019<\/p>\n<p>En septembre 1979, Earl Lane, un \u00e9minent journaliste scientifique qui travaillait pour <em>Newsday<\/em>, publia une enqu\u00eate intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Le trac\u00a0: la mal\u00e9diction de l\u2019artiste\u00a0\u00bb, et consacr\u00e9e plus particuli\u00e8rement aux musiciens. Il avait notamment interrog\u00e9 Eleanor Steber, Isaac Stern, Charles Rosen, et Eugene Istomin. Rosen y rappelait que la mise en sc\u00e8ne du concert avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et qu\u2019elle n\u2019avait gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9 pendant le si\u00e8cle suivant. L\u2019artiste devait jouer par c\u0153ur, \u00eatre plac\u00e9 dans une lumi\u00e8re violente, supporter une chaleur \u00e9touffante. Il devait aussi porter un costume de c\u00e9r\u00e9monie qui le laissait \u00e0 peine respirer, le faisait transpirer et le g\u00eanait dans ses mouvements. Rosen sugg\u00e9rait qu\u2019une tenue de tennisman serait beaucoup mieux adapt\u00e9e pour les pianistes\u00a0!<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">La d\u00e9couverte du trac<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p>Stern affirmait que seuls les enfants (et les inconscients) n\u2019ont pas le trac. Istomin se souvenait qu\u2019il avait jou\u00e9 pour Rachmaninov lorsqu\u2019il avait sept ans, et qu\u2019il n\u2019avait m\u00eame pas eu le trac. Dix ans plus tard, il aurait \u00e9t\u00e9 paralys\u00e9 !<\/p>\n<p>Istomin estimait que le trac \u00e9tait en quelque sorte la perte de l\u2019innocence et de la gr\u00e2ce\u00a0: \u2018\u2019Ce n\u2019est que quand il y a la perspective d\u2019une \u00e9ventuelle d\u00e9sapprobation ou d\u2019une d\u00e9faillance que le trac appara\u00eet.\u2019\u2019 Il se souvenait de la premi\u00e8re fois o\u00f9 il l\u2019avait \u00e9prouv\u00e9, c\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e2ge de neuf ans. Il avait d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 en public auparavant mais, lors d\u2019une audition, il avait eu la sensation qu\u2019il \u00e9tait test\u00e9, jug\u00e9\u00a0: \u2018\u2019Je ne comprenais pas r\u00e9ellement ce qui se passait mais pour la premi\u00e8re fois je me suis demand\u00e9\u00a0: \u2018Est-ce que tu sais la musique\u00a0?\u2019\u2019\u2019 Dans ce m\u00eame apr\u00e8s-midi, une petite fille jouait la <em>Fantaisie-Impromptu<\/em> de Chopin. Tout alla bien jusqu\u2019aux derni\u00e8res mesures. L\u00e0, elle se perdit et ne put trouver son chemin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accord final. Ce fut une exp\u00e9rience tr\u00e8s perturbante pour Istomin.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-2 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-2 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Le traumatisme de ses d\u00e9buts \u00e0 New York<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-3\"><p>Un autre traumatisme allait jouer un r\u00f4le important, celui de son premier concert avec l\u2019Orchestre Philharmonique de New York. Quelques jours plus t\u00f4t, ses d\u00e9buts \u00e0 Philadelphie s\u2019\u00e9taient bien pass\u00e9s, mais \u00e0 New York ce fut une tout autre affaire. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s impressionnant pour un tout jeune pianiste de jouer \u00e0 Carnegie Hall, d\u2019autant que le concert \u00e9tait diffus\u00e9 en direct dans toute l\u2019Am\u00e9rique. Un trac immense s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 d\u2019Istomin, et le coup de gr\u00e2ce lui fut donn\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019assit au clavier et d\u00e9couvrit que ce n\u2019\u00e9tait pas le piano qu\u2019il avait choisi. Celui qui lui avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 avait une m\u00e9canique plus difficile et surtout un clavier tr\u00e8s lisse sur lequel les doigts n\u2019accrochaient pas bien. Bien longtemps apr\u00e8s, Istomin se demandait comment il avait pu aller au bout du premier mouvement\u00a0! Ce fut seulement dans le troisi\u00e8me mouvement, l\u2019<em>andante<\/em>, qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 reprendre pied. Cependant, l\u2019accueil du public fut enthousiaste (cinq rappels, mais il n\u2019osa pas jouer de bis) et la critique se montra bienveillante. L\u2019apr\u00e8s-concert fut un tourbillon d\u2019\u00e9motions contradictoires\u00a0: les compliments de Busch et de Huberman, le jugement s\u00e9v\u00e8re de Serkin. Ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne l\u2019enregistrement conserv\u00e9 sur des ac\u00e9tates, il avait bien jou\u00e9 dans l\u2019ensemble, et souvent magnifiquement, mais il avait eu conscience de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de ce que lui-m\u00eame et d\u2019autres (Leonard Bernstein par exemple) attendaient. Et surtout, il avait ressenti un profond malaise, un gouffre qui s\u2019ouvrait devant le public et les micros, le vertige d\u2019une perte de contr\u00f4le de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le trac s\u2019\u00e9tait install\u00e9 au c\u0153ur de son existence et il ne r\u00e9ussit jamais \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser. Les cinq premi\u00e8res ann\u00e9es de sa carri\u00e8re l\u2019avaient men\u00e9 au sommet mais il ne se sentait pas heureux. Il y avait une crise d\u2019identit\u00e9. C\u2019\u00e9tait en m\u00eame temps la sortie de l\u2019adolescence et l\u2019entr\u00e9e dans la carri\u00e8re, dans un monde assez hostile (les managers, les critiques\u00a0!) o\u00f9 il se sentait en permanence jug\u00e9. M\u00eame si le succ\u00e8s \u00e9tait l\u00e0, il y avait un sentiment de frustration, d\u2019impossibilit\u00e9 de donner en concert le meilleur de lui-m\u00eame. Il \u00e9tait au bord de l\u2019\u00e9puisement et dans un \u00e9tat d\u00e9pressif.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Istomin d\u00e9cida alors de s\u2019octroyer un cong\u00e9 sabbatique de six mois au printemps et \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1948 (le seul de toute sa carri\u00e8re\u00a0!) et de partir pour la France. A la suite d\u2019Hemingway, de Fitzgerald, et de tant de musiciens venus \u00e9tudier avec Nadia Boulanger, il avait envie de d\u00e9couvrir la France. Il en connaissait la langue sans l\u2019avoir jamais r\u00e9ellement parl\u00e9e. Il voulait surtout prendre de la distance, s\u2019\u00e9vader, s\u2019\u00e9tourdir de nouvelles d\u00e9couvertes. Il esp\u00e9rait ainsi trouver un sens \u00e0 sa vie de pianiste, jusque-l\u00e0 envahie par le trac et l\u2019obsession de la perfection, qui ne le rendait pas heureux.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-3 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-3 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Comment lutter contre le trac ? Psychanalyse<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-4\"><p>En rentrant \u00e0 New York, il n\u2019y voyait pas beaucoup plus clair. Mrs Leventritt, grande protectrice des musiciens, s\u2019inqui\u00e9ta de voir ce jeune pianiste si talentueux dans un tel \u00e9tat. Elle lui sugg\u00e9ra une psychanalyse, l\u2019assurant que cela lui serait certainement profitable et l\u2019aiderait \u00e0 surmonter son trac. La psychanalyse \u00e9tait alors tr\u00e8s en vogue chez les artistes et les intellectuels am\u00e9ricains, et sp\u00e9cialement les musiciens. La situation d\u2019Istomin rendait l\u2019id\u00e9e parfaitement coh\u00e9rente. On pouvait penser que certains \u00e9l\u00e9ments de son enfance\u00a0jouaient un r\u00f4le important dans cette obsession: l\u2019hyper protection de la m\u00e8re et de la tante, \u00a0l\u2019extr\u00eame valorisation d\u2019un enfant unique \u00e9lev\u00e9 loin des autres enfants, une tendance tr\u00e8s t\u00f4t d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 s\u2019\u00e9vader dans des mondes imaginaires. Pour Istomin, l\u2019entr\u00e9e spectaculaire et brutale dans la carri\u00e8re de pianiste \u00e9tait un v\u00e9ritable choc, avec l\u2019impression d\u2019\u00eatre jet\u00e9 en p\u00e2ture au public et \u00e0 la critique. Cela avait r\u00e9veill\u00e9 la pudeur qu\u2019il avait ressentie tr\u00e8s t\u00f4t en c\u00f4toyant les danseuses nues dans les coulisses du cabaret de ses parents ou en refusant de se baigner nu dans la piscine du jardin d\u2019enfants. Istomin disait souvent d\u2019un concert que c\u2019\u00e9tait se montrer tout nu sur sc\u00e8ne. Il avait horreur des pianistes qui donnaient \u00e0 voir les \u00e9motions sur leur visage et dans leur attitude. Elles devaient na\u00eetre seulement de la musique\u00a0! Il avait \u00e0 la fois le d\u00e9sir et la crainte du succ\u00e8s, forc\u00e9ment superficiel. En tout cas, il ne voulait faire aucune concession pour le favoriser, que ce soit dans le choix de son r\u00e9pertoire ou par son attitude sur sc\u00e8ne (il \u00e9tait rarissime qu\u2019il accept\u00e2t de donner plus de deux bis). Il pensait que son trac venait en bonne partie de son sentiment de responsabilit\u00e9, \u00e0 la fois par rapport au compositeur, dont il devait interpr\u00e9ter l\u2019\u0153uvre le plus fid\u00e8lement possible, et par rapport aux dons qu\u2019il avait re\u00e7us, car il avait l\u2019obligation morale de les utiliser de son mieux.<\/p>\n<p>Le conseil de Mrs Leventritt semblait donc judicieux. Istomin, d\u2019abord r\u00e9ticent, l\u2019accepta, et il commen\u00e7a une analyse avec le Docteur Bychowski, un psychiatre qui avait \u00e9tudi\u00e9 avec Freud lui-m\u00eame et avait traduit en polonais son <em>Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>. Gustav Bychowski \u00e9tait un grand intellectuel \u00e0 la curiosit\u00e9 insatiable, \u00e9crivant d\u2019innombrables livres et articles, aussi bien sur les relations de Proust avec sa m\u00e8re\u00a0que sur les dictateurs et leurs disciples. Il s\u2019\u00e9tait \u00e9cart\u00e9 de l\u2019orthodoxie freudienne, et l\u2019analyse n\u2019en fut pas vraiment une\u00a0! Il fit de son patient un ami, ne lui demandant pas d\u2019argent, l\u2019invitant \u00e0 d\u00eener, parfois avec d\u2019autres patients tel le chef d\u2019orchestre Erich Leinsdorf. Bychowki ne croyait plus vraiment \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 du \u00ab\u00a0transfert\u00a0\u00bb et se servait plut\u00f4t de la psychanalyse comme d\u2019un moyen de connaissance de l\u2019\u00eatre humain. A d\u00e9faut de gu\u00e9rir Istomin de son trac, cette relation amicale lui permit d\u2019\u00eatre plus lucide envers lui-m\u00eame, de mieux assumer son trac, de prendre conscience qu\u2019il lui faudrait vivre avec jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa carri\u00e8re. Donner des concerts \u00e9tait sa mission, et c\u2019\u00e9tait le prix \u00e0 payer.<\/p>\n<p>Istomin appr\u00e9cia suffisamment cette exp\u00e9rience pour conseiller \u00e0 son ami William Kapell d\u2019aller \u00e0 son tour consulter le docteur Bychowsky. A la surprise d\u2019Istomin, il accepta et se montra satisfait des premi\u00e8res consultations, peu avant son tragique accident d\u2019avion.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-4 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-4 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Les manifestations du trac et les moyens de s\u2019en d\u00e9fendre<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-5\"><p>Pour Istomin, une des premi\u00e8res manifestations du trac, et des plus pr\u00e9occupantes, \u00e9tait la moiteur des mains, avec le risque pour les doigts de glisser. Quand il jouait un piano avec un clavier en ivoire, le probl\u00e8me \u00e9tait moins grave que lorsque les touches \u00e9taient en plastique. Il frottait parfois les touches en plastique avec de la paille de fer pour les rendre moins lisses, ce qui lui valut quelques v\u00e9h\u00e9mentes protestations de la part de Steinway\u00a0!<\/p>\n<p>La nervosit\u00e9, la pouss\u00e9e de l\u2019adr\u00e9naline pouvaient aussi perturber le jeu et provoquer des fausses notes. Le trac, qui avait probablement touch\u00e9 les musiciens de toutes les \u00e9poques \u00e9tait devenu bien plus intense avec l\u2019apparition du microsillon. Les gens attendaient la m\u00eame perfection que sur un disque, et les fausses notes devenaient inacceptables. Les musiciens se sentaient donc oblig\u00e9s de donner la priorit\u00e9 au contr\u00f4le plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019inspiration. Istomin le regrettait infiniment mais reconnaissait qu\u2019il en \u00e9tait victime, comme l\u2019immense majorit\u00e9 de ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p>Dans le trac, il y a aussi la peur du trou de m\u00e9moire. Istomin n\u2019en parlait gu\u00e8re et il semble qu\u2019il n\u2019en ait jamais connu de notables mais l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 devait rester pr\u00e9sente dans son subconscient.<\/p>\n<p>Pour att\u00e9nuer les cons\u00e9quences f\u00e2cheuses du trac (\u00e9ventuellement compliqu\u00e9es par des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 un instrument r\u00e9tif, des lumi\u00e8res mal r\u00e9gl\u00e9es ou une acoustique d\u00e9favorable), Istomin comptait en premier lieu sur le travail de r\u00e9p\u00e9tition des passages difficiles, parfois tr\u00e8s lentement. Il souhaitait cr\u00e9er une sorte d\u2019automatisme technique, de conditionnement de ses r\u00e9flexes, qui lui apporterait de la s\u00e9curit\u00e9 et lui permettrait de laisser libre cours \u00e0 l\u2019inspiration. La limitation de son r\u00e9pertoire, en concerto et, plus encore, en r\u00e9cital, r\u00e9pondait \u00e0 la m\u00eame pr\u00e9occupation. M\u00eame en musique de chambre, il n\u2019\u00e9tait pas question de jouer une \u0153uvre qui ne serait pas parfaitement pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre moyen d\u2019att\u00e9nuer le trac \u00e9tait pour Istomin de s\u2019arr\u00eater le moins possible de donner des concerts. Du milieu des ann\u00e9es 50 au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, ses saisons d\u00e9passaient presque toujours cent concerts et parfois cent vingt. Chaque fois qu\u2019il reprenait apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019inactivit\u00e9, le trac lui semblait rena\u00eetre avec davantage d\u2019intensit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-5 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-5 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Le trac et l\u2019esprit de comp\u00e9tition<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-6\"><p>Earl Lane avait laiss\u00e9 la conclusion de son article \u00e0 Eugene Istomin qui expliquait qu\u2019une grande part de l\u2019angoisse li\u00e9e au trac r\u00e9sultait probablement de l\u2019esprit de comp\u00e9tition qui r\u00e9gnait dans le monde musical\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019a fallu beaucoup d\u2019ann\u00e9es pour prendre conscience que ce qui me d\u00e9rangeait, ce qui me d\u00e9plaisait profond\u00e9ment, c\u2019est d\u2019\u00eatre mis dans une situation o\u00f9 on me compare aux autres. La musique est cens\u00e9e \u00eatre un acte d\u2019amour. Mais ce que l\u2019on me disait c\u2019est \u2018Allez-y et faites l\u2019amour, mais nous vous dirons ensuite de quelle cat\u00e9gorie d\u2019amoureux vous faites partie.\u2019\u2019<\/p>\n<p>Istomin said that much of the real anxiety ascribed to stage fright probably results from the competitiveness in the world of classical music. \u201cIt took me most of my career to come to that realization,\u201d Istomin said .\u201dWhat bothered me, and what I resented, was being put into a situation where I\u2019d be compared to others. Music is supposed to be an act of love. But what they were telling me was, \u2018Go ahead and love, but we\u2019ll tell you how you fit into the category of lovers.\u2019\u201d<\/p>\n<p>Pourtant, quand les conditions sont d\u00e9favorables, sentiment de lutte et se surpasse davantage que quand dans le confort\u00a0!<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-6 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-6 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Notes<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-7\"><p><a href=\"#\">Interview 1987<\/a><\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":2363,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4206"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4206"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4206\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7367,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4206\/revisions\/7367"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2363"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4206"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}