{"id":4204,"date":"2016-06-27T10:50:41","date_gmt":"2016-06-27T08:50:41","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=4204"},"modified":"2020-02-21T23:50:07","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:07","slug":"les-relations-avec-les-managers","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/le-musicien\/donner-des-concerts\/les-relations-avec-les-managers\/","title":{"rendered":"Les relations avec les managers"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p>\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas le genre de musicien qui pla\u00eet aux managers\u00bb\u00a0! La pr\u00e9diction de William Steinberg en d\u00e9cembre 1950 s\u2019est amplement v\u00e9rifi\u00e9e. Les relations d\u2019Istomin avec ses managers ont toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9licates\u00a0! Les agents symbolisaient pour lui l\u2019aspect mercantile de la musique. Il en changea \u00e0 plusieurs reprises, souvent par lassitude devant leur inactivit\u00e9 ou leur incomp\u00e9tence. A plusieurs reprises ces changements privil\u00e9gi\u00e8rent ses liens d\u2019amiti\u00e9 aux d\u00e9pens de ses propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re lui avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sans cesse qu\u2019il devait se montrer plus docile et coop\u00e9ratif avec son manager, sinon cela risquait de nuire \u00e0 sa carri\u00e8re. Son ami Isaac Stern lui fit souvent la le\u00e7on \u00e0 ce sujet. Mais Istomin refusa toujours de c\u00e9der \u00e0 toute compromission, qu\u2019il s\u2019agisse de changer un programme (il fut quasiment ray\u00e9 de la liste des Community Concerts pour avoir refus\u00e9 de n\u2019y jouer que des \u0153uvres br\u00e8ves et faciles \u00e0 entendre), de poser pour des photos, de faire des relations publiques avant ou apr\u00e8s le concert\u2026<\/p>\n<p>On peut se faire une id\u00e9e des sentiments d\u2019Istomin \u00e0 l\u2019\u00e9gard des managers \u00e0 travers cette r\u00e9flexion de John Trapp dans le journal r\u00e9dig\u00e9 lors de la tourn\u00e9e Beethoven de 1970\u00a0: \u2018\u2019Quel impr\u00e9sario m\u00e9rite son pourcentage\u00a0? Ils ne veulent jamais vendre le meilleur artiste, mais celui qui obtient le plus gros cachet. Peu importe si c\u2019est un mauvais artiste. Pourquoi vendre Horszowski quand on peut vendre Van Cliburn\u00a0? Il faudrait \u00eatre fou pour refuser une commission de mille dollars et n\u2019en toucher que deux cents \u00e0 peine\u00a0! C\u2019est m\u00eame stup\u00e9fiant que des gens comme Horszowski arrivent \u00e0 survivre. Il y en a peut-\u00eatre qui n\u2019y parviennent pas.\u2019\u2019 Istomin n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s loin de partager une telle opinion.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Le temps de CAMI (1943-1962)<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p>Sur les conseils de Serkin et de la famille Leventritt, Istomin signa tr\u00e8s vite un contrat avec CAMI (Columbia Artists Management Inc.). C\u2019\u00e9tait aussit\u00f4t apr\u00e8s ses deux concours victorieux de 1943, il avait juste dix-huit ans. CAMI \u00e9tait alors dirig\u00e9 par Arthur Judson, qui r\u00e9gnait sur le monde musical am\u00e9ricain en ayant sous contrat la plupart des grands chefs d\u2019orchestre. Judson cumulait son travail d\u2019agent avec la direction du New York Philharmonic et, pendant un moment, avec celle des orchestres de Philadelphie et de Cincinnati\u00a0! Aujourd\u2019hui on crierait au conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque cela ne choquait personne. Judson pouvait faire et d\u00e9faire les carri\u00e8res \u00e0 sa guise, et il ne s\u2019en priva pas, chaque fois que quelqu\u2019un lui r\u00e9sistait. C\u2019est ainsi qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 chasser d\u2019Am\u00e9rique un grand chef comme Arthur Rodzinski. Ayant \u00e9t\u00e9 violoniste, il respectait cependant la musique et il savait reconna\u00eetre le talent. Il avait pr\u00e9venu d\u2019embl\u00e9e Istomin qu\u2019avec le r\u00e9pertoire qu\u2019il avait choisi cela prendrait du temps pour arriver au sommet. Il g\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 les carri\u00e8res de deux grands pianistes, Rudolf Serkin et Robert Casadesus, et d\u2019une star montante, qui allait devenir le meilleur ami d\u2019Istomin, William Kapell. Judson soutenait davantage Kapell, qu\u2019il jugeait plus mall\u00e9able et plus s\u00e9ducteur, dans son attitude et dans son r\u00e9pertoire (qui comportait la plupart des concertos russes virtuoses). Kapell \u00e9tait susceptible de lui rapporter beaucoup d\u2019argent plus rapidement\u2026<\/p>\n<p>La carri\u00e8re d\u2019Istomin progressait mais celui-ci se montrait impatient. Il y eut un premier conflit d\u00e8s 1945, lorsqu\u2019Istomin souhaita jouer sous la direction de Dimitri Mitropoulos \u00e0 Cincinnati et se heurta \u00e0 un refus de Judson. Peu apr\u00e8s, Istomin demanda un rendez-vous pour dire son sentiment de ne pas \u00eatre soutenu comme son talent le m\u00e9ritait. Judson lui r\u00e9pondit que s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas satisfait il n\u2019avait qu\u2019\u00e0 chercher un autre manager. Persuad\u00e9 que cela refroidirait les ardeurs contestatrices du jeune pianiste, il fut stup\u00e9fait d\u2019entendre Istomin lui annoncer que c\u2019\u00e9tait ce qu\u2019il allait faire\u00a0! Il fallut que Serkin, pourtant peu enclin \u00e0 ce genre de d\u00e9marche, intervienne pour sauver la situation.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t rejoint par ses coll\u00e8gues OYAPs Gary Graffman et Leon Fleisher, Istomin allait rester chez CAMI jusqu\u2019en 1962. CAMI joua un r\u00f4le positif dans l\u2019ascension d\u2019Istomin au long des ann\u00e9es 50. Cependant, celui-ci avait de plus en plus de mal \u00e0 supporter le maternalisme de Ruth O\u2019Neil et d\u2019Ada Cooper, les deux lieutenants de Judson. Elles justifiaient la stagnation de son cachet par son jeune \u00e2ge, sans s\u2019apercevoir qu\u2019il approchait la quarantaine, et elles se faisaient tirer l\u2019oreille pour lui accorder des avances, lui reprochant de dilapider son argent en allant au cin\u00e9ma\u00a0! Ce qui emporta sa d\u00e9cision de quitter CAMI, ce fut les sollicitations amicales de Stern, qui souhaitait que les trois membres du Trio aient le m\u00eame agent.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-2 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-2 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Sol Hurok (1962-1974)<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-3\"><p>Sol Hurok avait b\u00e2ti sa r\u00e9putation sur quelques grandes stars et sur ses relations privil\u00e9gi\u00e9es avec les artistes sovi\u00e9tiques (il avait r\u00e9ussi \u00e0 faire venir le Bolcho\u00ef en pleine Guerre froide). Il savait \u00e0 merveille user de la publicit\u00e9 et solliciter la presse pour monter en \u00e9pingle un artiste ou un \u00e9v\u00e9nement. Il le faisait souvent sans scrupule et sans demander l\u2019avis de l\u2019artiste. C\u2019est ainsi que Serkin, \u00e0 son grand effarement, fut pr\u00e9sent\u00e9 pour ses d\u00e9buts en Am\u00e9rique comme un pianiste russe\u00a0!<\/p>\n<p>En 1943, Sol Hurok, qui venait d\u2019enr\u00f4ler Isaac Stern, avait fait part de son souhait de compter Istomin parmi ses artistes. Mais celui-ci ne voulait surtout pas \u00eatre \u00e9tiquet\u00e9 \u00ab\u00a0russe\u00a0\u00bb et pr\u00e9f\u00e9ra aller chez CAMI. Vingt ans plus tard, Hurok confirma son int\u00e9r\u00eat pour lui. Istomin, encourag\u00e9 par Stern et impressionn\u00e9 par l\u2019efficacit\u00e9 avec laquelle Hurok avait lanc\u00e9 le Trio Istomin-Stern-Rose aux Etats-Unis, accepta. En fait, Istomin se sentit toujours mal \u00e0 l\u2019aise dans ce bureau qui s\u2019attachait avant tout \u00e0 faire des \u00e9v\u00e9nements et de grands coups m\u00e9diatiques. La musique et l\u2019art venaient apr\u00e8s. Pour Hurok, Istomin \u00e9tait avant tout le pianiste du Trio, et il se mobilisa peu pour soutenir sa carri\u00e8re de soliste. Strat\u00e9giquement il eut mieux fait de continuer \u00e0 confier son activit\u00e9 de soliste \u00e0 CAMI et de ne d\u00e9pendre de Hurok que pour le Trio. Par ailleurs, Hurok, qui organisa l\u2019unique tourn\u00e9e d\u2019Istomin en URSS en 1965, vieillissait et se trouvait en butte aux men\u00e9es d\u2019une faction juive d\u2019extr\u00eame-droite qui protestait v\u00e9h\u00e9mentement contre la venue d\u2019artistes sovi\u00e9tiques en Am\u00e9rique. Une bombe fut d\u00e9pos\u00e9e dans ses bureaux, qui tua une de ses secr\u00e9taires et qui le mit au bord de l\u2019asphyxie. Il mourut, deux ans plus tard, en 1974, \u00e0 quatre-vingt-deux ans.<\/p>\n<p>La bataille pour sa succession fut sans piti\u00e9. Sheldon Gold, avec lequel Istomin \u00e9tait li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9, la perdit, passa chez CAMI mais ne put y rester, et entra chez ICM. Istomin le suivit dans son p\u00e9riple. Pourtant, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1976, Istomin h\u00e9sitait encore lorsque Rostropovitch lui conseilla de rester chez CAMI et de confier son management \u00e0 Ronald Wilford, qui \u00e9tait le digne successeur de Judson et s\u2019affirmait comme l\u2019agent am\u00e9ricain le plus puissant. Rostropovitch avait m\u00eame interc\u00e9d\u00e9 aupr\u00e8s de Wilford, qui avait confirm\u00e9 son souhait de g\u00e9rer la carri\u00e8re d\u2019Istomin. Mais celui-ci avait des r\u00e9ticences \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la personnalit\u00e9 de Wilford, qu\u2019il consid\u00e9rait plus comme un homme d\u2019affaires que comme un homme de musique et il privil\u00e9gia la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son ami Gold. Istomin ne trouva pas chez ICM le soutien dont il aurait eu besoin \u00e0 ce moment de sa carri\u00e8re pour le relancer aupr\u00e8s des grands orchestres am\u00e9ricains. Wilford aurait probablement pu le faire. En tout cas Rostropovitch en \u00e9tait persuad\u00e9. Ce fut une d\u00e9cision malheureuse.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-3 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-3 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Harold Shaw<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-4\"><p>En 1987, ICM s\u2019av\u00e9ra totalement incapable d\u2019organiser les tourn\u00e9es qu\u2019Istomin projetait \u00e0 travers les Etats-Unis en emmenant ses pianos dans un camion. Sur les conseils de son ami Peter Gravina, Istomin se tourna vers Harold Shaw, qui avait longtemps travaill\u00e9 pour CAMI et pour Hurok avant de fonder sa propre agence en 1969. Shaw avait accueilli de grands musiciens, comme Vladimir Horowitz, Nathan Milstein, Henryk Szeryng ou Jessye Norman, mais il restait avant tout un passionn\u00e9 de musique. Il s\u2019enthousiasma pour le projet et choisit une de ses meilleures assistantes, Martha Coleman, pour le mettre sur pied. Elle y r\u00e9ussit merveilleusement, surtout dans le Sud-Est des Etats-Unis, dont elle \u00e9tait originaire. Istomin avait enfin trouv\u00e9 le management qu\u2019il lui fallait, et il resta fid\u00e8le \u00e0 Harold Shaw jusqu\u2019\u00e0 ce que celui-ci prenne sa retraite, en 1996.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-4 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-4 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">En Europe<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-5\"><p>Les relations d\u2019Istomin avec les managers europ\u00e9ens ont \u00e9t\u00e9 tout aussi difficiles, voire davantage\u00a0! Lors de ses d\u00e9buts en Suisse et en Italie, Istomin avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des contacts \u00e9tablis par Casals et par Serkin, et tout se passa fort bien. En France, il avait \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 par Paray au plus important impr\u00e9sario parisien, Marcel de Valmal\u00e8te. Celui-ci accepta de le repr\u00e9senter en France mais lui sugg\u00e9ra de jouer gratuitement dans quelques salons \u00e0 la mode. Istomin refusa tout net ces pratiques d\u2019un autre temps. Valmal\u00e8te ne lui trouva aucun engagement. Lass\u00e9 de ne rien voir arriver, malgr\u00e9 sa pr\u00e9sence importante au Festival de Prades, il rejoignit Isaac Stern chez OAI, le bureau g\u00e9r\u00e9 par Michael Rainer. La liste des artistes de Rainer \u00e9tait tr\u00e8s impressionnante (Rubinstein, Serkin, Elizabeth Schwarzkopf, Birgit Nilsson, Joan Sutherland\u2026). Cependant Istomin eut bient\u00f4t le sentiment que Rainer travaillait tr\u00e8s peu pour lui et se contentait de \u00ab\u00a0g\u00e9rer\u00a0\u00bb des concerts qui ne venaient pas de ses initiatives. Il eut l\u2019occasion de laisser \u00e9clater sa ranc\u0153ur lors de l\u2019ann\u00e9e Beethoven. L\u2019int\u00e9grale de sa musique de chambre au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es par le Trio Istomin-Stern-Rose \u00e9tait pour Rainer une op\u00e9ration plut\u00f4t simple (huit concerts d\u2019un coup\u00a0!) et extr\u00eamement rentable. Istomin pensait donc qu\u2019il pouvait solliciter OAI pour de petits services, comme de trouver une chambre \u00e0 Paris pour une amie venue suivre la s\u00e9rie. Or, comme le raconte Trapp, \u00ab\u00a0malgr\u00e9 les recommandations pr\u00e9cises d\u2019Istomin, le bureau de Rainer a oubli\u00e9 et son amie s\u2019est retrouv\u00e9e sans chambre\u201d. Pour Istomin, c\u2019\u00e9tait inadmissible et cela donna lieu \u00e0 une grande dispute avec Stern. Le premier disait : \u201cIls n\u2019en font pas lourd mais ils touchent leur commission ; pourquoi ne rendraient-ils pas quelques services en \u00e9change?\u00a0\u00bb Le second trouvait aberrant de leur demander ce genre de choses, car ce n\u2019est pas le travail des agents. Stern savait avec quelle diplomatie il fallait agir pour s\u2019assurer de leur d\u00e9vouement\u00a0! L\u2019incident aurait pu s\u2019arr\u00eater l\u00e0, mais il y eut une suite quelques semaines plus tard. Michael Rainer organisa un d\u00eener au restaurant <em>Chez Francis<\/em> en l\u2019honneur du Trio. Il y avait de nombreux invit\u00e9s prestigieux et la t\u00e9l\u00e9vision devait filmer le Trio \u00e0 sa sortie du Th\u00e9\u00e2tre des Champs Elys\u00e9es et au restaurant. Istomin prit pr\u00e9texte de ses douleurs au dos pour ne pas aller au d\u00eener de Rainer\u00a0! Trapp raconte que Rainer, tr\u00e8s embarrass\u00e9, \u00e9tait parvenu \u00e0 joindre Istomin au t\u00e9l\u00e9phone pour le supplier de venir et d\u2019amener ses amis. Istomin refusa poliment. Quelques jours plus tard, Istomin avait rendez-vous avec Rainer pour parler de son avenir en France et dans le reste de l\u2019Europe. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner que Rainer ne f\u00eet pas preuve de beaucoup de bonne volont\u00e9 dans la r\u00e9alisation de ses projets.<\/p>\n<p>Rainer prit sa retraite en 1977. Istomin confia alors sa repr\u00e9sentation en France et la coordination de son activit\u00e9 en Europe \u00e0 <em>Op\u00e9ra et Concert<\/em>, une agence fond\u00e9e en 1973 et dirig\u00e9e alors par Martin Engstr\u00f6m. <em>Op\u00e9ra et Concert<\/em> conserva les liens avec les agents qui travaillaient d\u00e9j\u00e0 pour Istomin dans les diff\u00e9rents pays : Sofia Amman pour l\u2019Italie, Harold Holt en Angleterre et maintenant Andreas von Bennigsen pour l\u2019Allemagne et l\u2019Autriche, deux pays o\u00f9 il venait tout juste d\u2019accepter de jouer.<\/p>\n<p>Le bilan d\u2019<em>Op\u00e9ra et Concert<\/em> s\u2019av\u00e9ra d\u00e9cevant. Sur le plan fran\u00e7ais, les ann\u00e9es 70 avaient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s riches gr\u00e2ce aux initiatives de Pierre Vozlinsky \u00e0 la t\u00eate du service musical de la Radio et de la T\u00e9l\u00e9vision. Les ann\u00e9es 80 furent moins florissantes. Les successeurs de Vozlinsky \u00e0 la Radio s\u2019empress\u00e8rent de rayer de leurs listes les musiciens que celui-ci avait invit\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement. Quant \u00e0 la T\u00e9l\u00e9vision, elle abandonna quasiment toute \u00e9mission d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la musique classique. Pierre Vozlinski devint peu apr\u00e8s le manager de l\u2019Orchestre de Paris, un orchestre de prestige cr\u00e9\u00e9 en 1967 par deux proches d\u2019Istomin, Andr\u00e9 Malraux et Charles Munch. Vozlinsky \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9sireux d\u2019inviter Istomin, mais Daniel Barenbo\u00efm, qui \u00e9tait alors le directeur musical s\u2019y opposa. Les relations des deux pianistes \u00e9taient apparemment cordiales mais leurs conceptions de la musique et de la carri\u00e8re \u00e9taient vraiment trop diff\u00e9rentes. Au-del\u00e0 de l\u2019in\u00e9vitable ralentissement de son activit\u00e9 en France, le principal reproche qu\u2019Istomin faisait \u00e0 <em>Op\u00e9ra et Concert<\/em> \u00e9tait son incapacit\u00e9 \u00e0 coordonner son calendrier europ\u00e9en. Il souhaitait jouer davantage de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l\u2019Atlantique, m\u00eame si les cachets y \u00e9taient sensiblement moins \u00e9lev\u00e9s. Il se d\u00e9sesp\u00e9rait de la d\u00e9t\u00e9rioration de la vie musicale et politique am\u00e9ricaine et trouvait une plus grande satisfaction dans ses contacts avec le public et avec les musiciens europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>De fait, le nombre des concerts d\u2019Istomin en Europe \u00e9tait en constante augmentation. Il jouait chaque ann\u00e9e en Grande-Bretagne, en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Suisse et en Isra\u00ebl. Si l\u2019on ajoute d\u2019autres pays plus irr\u00e9guliers, comme l\u2019Autriche, les Pays-Bas, la Belgique, la Su\u00e8de, la Gr\u00e8ce, la Pologne, le Portugal, on arrive \u00e0 un total annuel d\u2019au moins quarante concerts. Mais ces engagements \u00e9parpill\u00e9s dans toute l\u2019Europe, laissaient des trous dans son calendrier et l\u2019obligeaient \u00e0 trop d\u2019allers et retours entre l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique. Cela lui \u00e9tait d\u2019autant plus p\u00e9nible qu\u2019il souffrait beaucoup du <em>jet lag<\/em> et estimait qu\u2019il avait besoin de pr\u00e8s d\u2019une semaine d\u2019acclimatation lorsqu\u2019il arrivait en Europe avant d\u2019\u00eatre vraiment en bonne forme pour donner des concerts. Istomin avait le sentiment que la t\u00e2che de coordonner cette activit\u00e9 en deux ou trois p\u00e9riodes coh\u00e9rentes \u00e9tait peut-\u00eatre difficile, mais pas insurmontable. Il d\u00e9cida donc en 1986 d\u2019abandonner Op\u00e9ra et Concert et de la confier, sur le conseil de Jean-Bernard Pommier, \u00e0 un jeune agent hollandais, dynamique et ambitieux, Marco Riaskoff. Il changea aussi ses repr\u00e9sentants dans plusieurs pays, revenant chez Valmal\u00e8te en France et passant chez Ingpen &amp; Williams en Angleterre. Il n\u2019avait conserv\u00e9 que Sofia Amman, qui avait toujours remarquablement travaill\u00e9 pour lui en Italie\u00a0: son p\u00e8re, pr\u00e9sident de la <em>Societ\u00e1 del Quartetto<\/em> de Milan, avait \u00e9t\u00e9 proche de Casals, et avait engag\u00e9 Istomin pour son premier concert en Italie, en 1950). Malheureusement, elle prit peu apr\u00e8s sa retraite et elle s\u2019av\u00e9ra impossible \u00e0 remplacer.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, le nouveau dispositif mis en place avec Riaskoff sembla tr\u00e8s bien fonctionner. D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1986, Istomin passa pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps une grande partie de son temps en Europe, avec des concerts en Espagne, au Portugal, en Suisse et en France. Mais les premiers espoirs firent bient\u00f4t place \u00e0 l\u2019insatisfaction\u00a0: le calendrier restait tr\u00e8s \u00e9parpill\u00e9 et tr\u00e8s difficile \u00e0 g\u00e9rer, d\u2019autant qu\u2019Istomin envisageait de faire venir ses propres pianos. Il finit par abandonner Riaskoff, se contentant d\u00e9sormais d\u2019un simple secr\u00e9tariat.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-5 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-5 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Cons\u00e9quences f\u00e2cheuses pour la carri\u00e8re<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-6\"><p>Sans doute Istomin demandait-il trop \u00e0 ses managers\u00a0! Une poign\u00e9e d\u2019entre eux seulement trouva gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux, car ils faisaient passer la musique avant l\u2019argent. Istomin ne pouvait pas supporter qu\u2019un artiste soit trait\u00e9 comme une marchandise. Il r\u00e9agissait de la m\u00eame fa\u00e7on avec le baseball, lorsque les joueurs \u00e9taient vendus ou \u00e9chang\u00e9s comme du b\u00e9tail\u00a0!<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas satisfait ou qu\u2019il ne trouvait pas assez de respect pour la musique et les musiciens, et pas assez de professionnalisme, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 le dire de fa\u00e7on tr\u00e8s directe, parfois abrupte. Il le faisait pour lui-m\u00eame, mais aussi pour d\u2019autres artistes qu\u2019il estimait et dont il trouvait qu\u2019ils \u00e9taient n\u00e9glig\u00e9s par leur manager. Il le fit pour de nombreux pianistes tels Claude Frank, Jean-Bernard Pommier, Yefim Bronfman \u00e0 ses d\u00e9buts. Et m\u00eame pour Clara Haskil, ayant le plaisir de lire sous la plume d\u2019un critique new-yorkais, stup\u00e9fait qu\u2019elle n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 auparavant en Am\u00e9rique\u00a0: \u2018\u2019A quoi pensent les impr\u00e9sarios\u00a0? A quoi servent-ils\u00a0? Sont-ils tous endormis\u00a0?\u2019\u2019<\/p>\n<p>Cette attitude et cette franchise ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dommageables pour sa carri\u00e8re. Deux \u00e9v\u00e9nements en sont le symbole\u00a0: l\u2019incident avec Michael Rainer et le refus de suivre le conseil de Rostropovitch de confier son management \u00e0 Ronald Wilford. Istomin \u00e9tait parfaitement conscient que l\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient en situation de jouer un r\u00f4le cl\u00e9 dans le d\u00e9veloppement de sa carri\u00e8re\u00a0: Rainer en Europe, apr\u00e8s l\u2019immense retentissement du cycle Beethoven\u00a0; Wilford en Am\u00e9rique pour renouer des liens avec les grands orchestres am\u00e9ricains qui ne l\u2019invitaient plus. Mais pour Istomin il n\u2019\u00e9tait pas concevable d\u2019accepter de faire all\u00e9geance \u00e0 deux managers tout puissants pour lesquels il n\u2019avait aucune estime. Il ne pouvait se r\u00e9soudre \u00e0 faire une telles concessions, motiv\u00e9e seulement par ses propres int\u00e9r\u00eats. Et tant pis si sa carri\u00e8re devait en p\u00e2tir.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":2363,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4204"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4204"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4204\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7368,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4204\/revisions\/7368"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2363"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}