{"id":3193,"date":"2016-03-11T10:59:32","date_gmt":"2016-03-11T09:59:32","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=3193"},"modified":"2020-02-21T23:50:13","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:13","slug":"les-tournees-avec-le-camion","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/le-musicien\/donner-des-concerts\/les-tournees-avec-le-camion\/","title":{"rendered":"Les tourn\u00e9es avec le camion"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><div id=\"attachment_3156\" style=\"width: 232px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Arikha-2.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3156\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3156 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Arikha-2-222x300.jpg\" alt=\"Arikha 2\" width=\"222\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Arikha-2-222x300.jpg 222w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Arikha-2-759x1024.jpg 759w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Arikha-2.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 222px) 100vw, 222px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3156\" class=\"wp-caption-text\">Affiche d&rsquo;Avigdor Arikha<\/p><\/div>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, Isaac Stern et Eugene Istomin parl\u00e8rent longuement de la fa\u00e7on dont ils voyaient la fin de leur carri\u00e8re. Le premier avait atteint la soixantaine, le second en approchait. L\u2019aventure du Trio, qui avait \u00e9t\u00e9 un moment important de leur vie, \u00e9tait finie. Une double question se posait \u00e0 eux\u00a0: Que laisseraient-ils \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0? Qu\u2019auraient-ils encore plaisir \u00e0 faire\u00a0? Stern r\u00e9ussit \u00e0 convaincre Istomin d\u2019achever l\u2019int\u00e9grale des Sonates pour violon de Beethoven qu\u2019ils avaient commenc\u00e9e en 1969, ce qu\u2019ils firent en 1982 et 1983. Stern souhaitait continuer \u00e0 faire de la musique de chambre, sans rejouer les trios qu\u2019il avait partag\u00e9s avec Istomin et Rose mais en \u00e9largissant son r\u00e9pertoire aux quatuors avec piano de Brahms, Schumann, Mozart, Faur\u00e9\u2026 Il voulait aussi poursuivre et intensifier ses commandes de concertos \u00e0 de grands compositeurs contemporains et laisser ainsi un h\u00e9ritage pour les si\u00e8cles \u00e0 venir. Istomin, quant \u00e0 lui, n\u2019\u00e9tait pas tent\u00e9 par de tels projets. Une id\u00e9e s\u2019imposa, n\u00e9e de l\u2019\u00e9ternelle p\u00e9nitence des pianistes confront\u00e9s \u00e0 de mauvais pianos, qui les laissent frustr\u00e9s de ne pouvoir s\u2019exprimer comme ils souhaitent. Voil\u00e0 comment elle naquit\u2026<\/p>\n<hr \/>\n<div id=\"attachment_3195\" style=\"width: 248px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-au-clavier-3.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3195\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3195 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-au-clavier-3-238x300.jpg\" alt=\"Eugene au clavier 3\" width=\"238\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-au-clavier-3-238x300.jpg 238w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-au-clavier-3-812x1024.jpg 812w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-au-clavier-3.jpg 2185w\" sizes=\"(max-width: 238px) 100vw, 238px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3195\" class=\"wp-caption-text\">Istomin au d\u00e9but des ann\u00e9es 80<\/p><\/div>\n<p><strong>Eugene Istomin pr\u00e9sente le projet des tourn\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai con\u00e7u l\u2019id\u00e9e d\u2019essayer de refaire des tourn\u00e9es comme on en faisait autrefois avant que l\u2019avion ne permette de traverser les continents et les oc\u00e9ans en quelques heures\u00a0! Avant on voyageait en train ou en autobus d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre, et on ne faisait pas plus de trois cents ou quatre cents kilom\u00e8tres. J\u2019ai fait \u00e7a au d\u00e9but de ma carri\u00e8re. Tous les grands artistes passaient dans les petites villes, et les grands pianistes voyageaient avec leur piano et leur accordeur. C\u2019\u00e9tait normal car, dans les petites villes, on ne trouvait pas de piano de concert en bon \u00e9tat. Si on avait un concert \u00e0 Chicago et d\u2019autres en Californie, les impr\u00e9sarios s\u2019arrangeaient pour trouver des concerts dans cinq ou six villes entre temps. Evidemment, aujourd\u2019hui c\u2019est beaucoup plus compliqu\u00e9 et c\u2019est devenu tr\u00e8s co\u00fbteux. Nous, les pianistes, nous devons nous adapter \u00e0 toutes sortes d\u2019instruments, souvent m\u00e9diocres voire mauvais, m\u00eame dans les grandes villes. Nous sommes les seuls dans ce cas\u00a0! Pour les pianistes sensibles et exigeants, c\u2019est un calvaire, parfois un cauchemar. En plus, il y a de moins en moins de bons accordeurs de piano. Ce m\u00e9tier n\u2019est pas valoris\u00e9 comme il le devrait car il demande une comp\u00e9tence extr\u00eame.<\/p>\n<p>Alors je me suis dit, approchant de mon soixanti\u00e8me anniversaire, apr\u00e8s plus de quarante ann\u00e9es de carri\u00e8re, que soit je m\u2019arr\u00eatais, soit je trouvais une solution pour faire de la musique dans les conditions qui me permettent de m\u2019exprimer artistiquement. Apr\u00e8s une vie enti\u00e8re d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la musique, je n\u2019ai plus envie de me battre avec les pianos, je veux me donner et donner au public la plus grande satisfaction musicale. Et ce n\u2019est pas possible de le faire sans un bon piano, bien pr\u00e9par\u00e9, que je connais parfaitement. Donc soit je m\u2019arr\u00eatais, soit je transportais mes pianos.<\/p>\n<div id=\"attachment_189\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-189\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-189 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion-300x239.jpg\" alt=\"Eugene-marchepied-camion\" width=\"300\" height=\"239\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion-147x118.jpg 147w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion-177x142.jpg 177w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion-300x239.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion-1024x817.jpg 1024w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Eugene-marchepied-camion.jpg 1754w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-189\" class=\"wp-caption-text\">Istomin et le camion am\u00e9nag\u00e9 sp\u00e9cialement par General Motors<\/p><\/div>\n<p>Il se trouvait que, quelque temps auparavant, j\u2019avais donn\u00e9 un r\u00e9cital \u00e0 Washington au profit de la recherche m\u00e9dicale contre le cancer. Cet \u00e9v\u00e9nement avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par General Motors, qui avait voulu pour cela me payer un cachet de dix mille dollars. Evidemment, je ne pouvais accepter et j\u2019ai donn\u00e9 imm\u00e9diatement le ch\u00e8que \u00e0 la fondation m\u00e9dicale. Imaginez, mes parents sont tous les deux morts d\u2019un cancer, et j\u2019aurais pu accepter un cachet\u2026 Les responsables de General Motors m\u2019ont remerci\u00e9 et m\u2019ont dit qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 ma disposition si j\u2019avais besoin d\u2019eux pour acheter une voiture ou pour quoi que ce soit. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s gentil mais je ne pensais pas faire appel \u00e0 eux un jour. Cependant, lorsque je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 ces histoires de transport de piano, je me suis dit que je devais les appeler. Je les ai rencontr\u00e9s et leur ai demand\u00e9 s\u2019ils voyaient un int\u00e9r\u00eat pour eux de me pr\u00eater, simplement me pr\u00eater, car je n\u2019avais besoin d\u2019aucune autre aide, un camion qui me permettrait de transporter mes pianos. Je souhaitais emporter deux pianos de concert, l\u2019un plus brillant pour les concertos ou les r\u00e9citals dans de grandes salles, l\u2019autre \u00e0 la sonorit\u00e9 plus intime pour les r\u00e9citals dans de plus petites salles, et un piano droit que l\u2019on pourrait installer n\u2019importe o\u00f9 pour que je travaille. J\u2019ai ajout\u00e9 qu\u2019ils pourraient inscrire le nom de General Motors sur le camion, aux c\u00f4t\u00e9s du mien et de celui de Steinway, et que peut-\u00eatre ils en tireraient quelque b\u00e9n\u00e9fice de communication. Je leur ai dit l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette initiative, d\u2019aller certes dans les grandes villes et les salles de concerts prestigieuses, mais aussi dans de plus petites qui accueillaient nagu\u00e8re Rachmaninov et Horowitz mais qui n\u2019ont pas eu de r\u00e9citals de piano par un artiste de premier plan, et sur un instrument qui sonne magnifiquement, depuis plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n<div id=\"attachment_3197\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Tali-mahanor.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3197\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3197\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Tali-mahanor.jpg\" alt=\"Tali Mahanor, accordeuse\" width=\"140\" height=\"140\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Tali-mahanor-66x66.jpg 66w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Tali-mahanor.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 140px) 100vw, 140px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3197\" class=\"wp-caption-text\">Tali Mahanor, accordeuse<\/p><\/div>\n<p>General Motors a \u00e9t\u00e9 enthousiaste. Ils m\u2019ont donn\u00e9 aussit\u00f4t leur accord et ils ont am\u00e9nag\u00e9 un camion comme je le souhaitais, climatis\u00e9, avec un hayon pour livrer le piano facilement. Je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 engager un chauffeur sp\u00e9cialis\u00e9 dans le d\u00e9m\u00e9nagement des pianos ainsi qu\u2019un accordeur. C\u2019est une accordeuse, Talli Mahanor. Elle a une oreille extraordinaire, elle est obs\u00e9d\u00e9e par le piano et, mieux encore, nous entendons le piano de la m\u00eame fa\u00e7on, elle et moi. Elle ne lit pas la musique mais elle joue extraordinairement bien. Elle voyage avec le chauffeur, en avance sur moi. Et je peux jouer dans des conditions id\u00e9ales. Je donne environ cinquante concerts par an aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Pour mes autres concerts, en Asie et en Europe, je n\u2019ai pu encore faire de m\u00eame. Mais je r\u00eave de voyager ailleurs avec mes propres pianos, peut-\u00eatre pas de faire le tour du monde, c\u2019est un peu trop flamboyant sur le plan m\u00e9diatique (vous me voyez en train de traverser l\u2019Himalaya avec des \u00e9l\u00e9phants ou des lamas\u00a0?). Non, mais en revanche, j\u2019y songe pour l\u2019Europe. Vous savez qu\u2019il y a une grande diff\u00e9rence entre les Steinway am\u00e9ricains et les Steinway de Hambourg. Autrefois, je pr\u00e9f\u00e9rais les Steinway de Hambourg, mais maintenant ce n\u2019est plus le cas, je me suis vraiment habitu\u00e9 aux Steinway am\u00e9ricains. Et ce serait de toute fa\u00e7on tr\u00e8s int\u00e9ressant pour le public europ\u00e9en d\u2019entendre comment sonne un Steinway am\u00e9ricain. Il faudrait m\u00eame que l\u2019on puisse entendre les deux types de piano de chaque c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique. Ce projet en Europe est d\u2019une complexit\u00e9 que je ne ma\u00eetrise pas encore, mais j\u2019aimerais le faire au moins une fois, avec le m\u00eame camion et avec mon accordeuse. Je le ferais sans fanfare, en toute simplicit\u00e9. A mes frais bien s\u00fbr. C\u2019est une satisfaction que je voudrais me donner \u00e0 ce stade de ma carri\u00e8re.\u201d (<em>Interview Bernard Meillat, 1988<\/em>)<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Les probl\u00e8mes logistiques<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_3198\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Harold-Shaw.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3198\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3198\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Harold-Shaw-300x200.jpg\" alt=\"Harold Shaw (\u00e0 droite) avec Nathan Milstein\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Harold-Shaw-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Harold-Shaw.jpg 675w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3198\" class=\"wp-caption-text\">Harold Shaw (\u00e0 droite) avec Nathan Milstein<\/p><\/div>\n<p>Il ne suffisait pas d\u2019une belle id\u00e9e et du soutien de General Motors, encore fallait-il assumer une organisation infiniment complexe. Un premier essai avec le bureau de concerts ICM tourna \u00e0 la catastrophe. Sur le conseil de son ami Peter Gravina, Istomin s\u2019adressa \u00e0 Harold Shaw, qui avait commenc\u00e9 sa carri\u00e8re avec Sol Hurok et avait fond\u00e9 son propre bureau en 1969. Il avait \u00e9t\u00e9, pendant plusieurs ann\u00e9es, l\u2019agent de Vladimir Horowitz. Shaw trouva le projet formidable et le confia \u00e0 Martha Coleman, qui fit un travail remarquable, en particulier dans le Sud-Est des Etats-Unis, d\u2019o\u00f9 elle \u00e9tait originaire. Elle avait un argument de poids\u00a0: les organisateurs n\u2019auraient pas besoin de se pr\u00e9occuper de louer un piano de concert ni de trouver un accordeur, ni m\u00eame de chercher un lieu pour que le concertiste puisse travailler\u00a0: il pouvait emmener son piano droit dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel ou jouer dans le camion\u00a0! Peter Gravina, de son c\u00f4t\u00e9, fit de son mieux pour assurer une couverture presse digne exceptionnelle. M\u00eame la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019y int\u00e9ressa, CBS tournant un sujet de quinze minutes pour ses magazines. Parmi les nombreux articles publi\u00e9s en amont, celui de Naomi Graffman, l\u2019\u00e9pouse de Gary Graffman, \u00e9tait le plus po\u00e9tique et le plus pertinent. Intitul\u00e9 <em>On the Road to Biloxi<\/em>, il parut dans le <em>New York Times Magazine<\/em> du 22 novembre 1987, et commen\u00e7ait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Alors que l\u2019aube commencera juste \u00e0 poindre sur New York pour le Jour de l\u2019An 1988, un camion GMC tout neuf, sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9, roulera tranquillement vers le Sud \u00e0 travers les villes endormies au bord de la Route 95. Il ira de New York \u00e0 Winter Park, en Floride, transportant un pr\u00e9cieux chargement. Maintenus \u00e0 une temp\u00e9rature stable, entre 20 et 22 degr\u00e9s, et \u00e0 une humidit\u00e9 constante, deux \u00e9normes colis de deux m\u00e8tres quatre-vingts reposent, blottis l\u2019un contre l\u2019autre, soigneusement envelopp\u00e9es dans des toiles matelass\u00e9es qui \u00e9pousent leurs formes et les prot\u00e8gent des chocs. Ils p\u00e8sent chacun quelque 450 kilos et ils sont assur\u00e9s pour un montant de 87 400 dollars, le prix actuel de deux pianos de concert Steinway\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Le d\u00e9clin du r\u00e9cital<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_3199\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Naomi-Dot-Eugene-Leon-gary-001.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3199\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3199\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Naomi-Dot-Eugene-Leon-gary-001-300x216.jpg\" alt=\"Naomi Graffman (\u00e0 gauche) avec Leon Fleisher, Gary Graffman, Eugene Istomin et Dot Fleisher, au milieu des ann\u00e9es 50\" width=\"300\" height=\"216\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Naomi-Dot-Eugene-Leon-gary-001-300x216.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Naomi-Dot-Eugene-Leon-gary-001-1024x737.jpg 1024w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Naomi-Dot-Eugene-Leon-gary-001.jpg 1631w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3199\" class=\"wp-caption-text\">Naomi Graffman (\u00e0 gauche) avec Leon Fleisher, Gary Graffman, Eugene Istomin et Dot Fleisher, au milieu des ann\u00e9es 50<\/p><\/div>\n<p>Istomin confia \u00e0 Naomi Graffman que \u00ab\u00a0le r\u00e9cital \u00e9tait la chose la plus difficile qui soit pour un musicien, mais que c\u2019\u00e9tait aussi la plus gratifiante\u00a0\u00bb. Il ajoutait que tout le monde disait que l\u2019\u00e8re du r\u00e9cital \u00e9tait finie, mais que lui-m\u00eame \u00e9tait persuad\u00e9 du contraire. Bien des gens tenaient le m\u00eame discours dans les ann\u00e9es 40 et 50, qu\u2019on pr\u00e9sentait maintenant comme le lointain \u00e2ge d\u2019or des r\u00e9citals. Naomi Graffman avait men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate. Elle avait constat\u00e9 que, lors de la saison 86-87, il existait 271 s\u00e9ries de concerts aux Etats-Unis qui pr\u00e9sentaient des solistes. Parmi elles, 155 avaient invit\u00e9 un ou plusieurs pianistes. Le d\u00e9clin \u00e9tait ind\u00e9niable mais pas au point de pouvoir affirmer que le r\u00e9cital de piano \u00e9tait obsol\u00e8te.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les <em>Community Concerts<\/em>, qui produisaient une grande vari\u00e9t\u00e9 de programmes (du quatuor \u00e0 cordes au groupe de flamenco) avait subi une d\u00e9perdition encore plus consid\u00e9rable. Ils organisaient 10 000 concerts pour 1 200 communaut\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 50, et ils n\u2019en programmaient plus que 2 000 au milieu des ann\u00e9es 80. L\u2019essor de la t\u00e9l\u00e9vision y \u00e9tait pour beaucoup. Deux autres raisons avaient jou\u00e9 un r\u00f4le important\u00a0: le d\u00e9veloppement des lignes a\u00e9riennes avait incit\u00e9 les grands musiciens \u00e0 courir de capitales en capitales et \u00e0 n\u00e9gliger les petites villes\u00a0; la diffusion du microsillon avait donn\u00e9 le sentiment aux m\u00e9lomanes que le concert n\u2019\u00e9tait plus indispensable.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Un esprit militant\u00a0<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_3200\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Truck-2-001.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3200\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3200 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Truck-2-001-300x156.jpg\" alt=\"Truck 2 001\" width=\"300\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Truck-2-001-300x156.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Truck-2-001-1024x531.jpg 1024w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Truck-2-001.jpg 3889w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3200\" class=\"wp-caption-text\">Le chargement du piano<\/p><\/div>\n<p>Istomin gardait la nostalgie de ses premi\u00e8res tourn\u00e9es avec Adolf Busch, quand il parcourait l\u2019Am\u00e9rique pendant trois mois, \u00e0 raison de quatre, cinq, ou parfois six concerts par semaine. Par la suite, il avait donn\u00e9 de longues s\u00e9ries de r\u00e9citals dans le cadre des <em>Community Concerts<\/em>. Il ne gagnait pas beaucoup d\u2019argent dans ces tourn\u00e9es, mais il y \u00e9tait heureux de partager la musique avec un immense public, pas toujours averti, mais souvent curieux et enthousiaste. Au moment de se lancer \u00e0 nouveau dans ces tourn\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne, il consid\u00e9rait comme une sorte de \u00ab\u00a0machisme\u00a0\u00bb de n\u2019accepter de concerts que dans des villes et des salles prestigieuses, et de presque trouver honteux de jouer dans des \u00ab\u00a0trous perdus\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs moins la faute des artistes que des impr\u00e9sarios qui craignaient en acceptant des contrats hors du circuit habituel de d\u00e9pr\u00e9cier la carri\u00e8re de leur artiste en donnant \u00e0 penser que leur carri\u00e8re d\u00e9clinait. Quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un public int\u00e9ress\u00e9 par des r\u00e9citals de piano dans de petites villes, Istomin n\u2019avait pas le moindre doute. Il aimait rappeler qu\u2019il y avait proportionnellement plus de gens int\u00e9ress\u00e9s par les concerts dans des agglom\u00e9rations modestes qu\u2019\u00e0 New York\u00a0!<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me \u00e9tait \u00e9galement \u00e9conomique. Les salles \u00e9taient plus petites et il n\u2019\u00e9tait pas question de mettre un prix de place trop \u00e9lev\u00e9. Istomin fit preuve d\u2019une grande souplesse quant au montant de ses cachets. A Joseph McLellan, qui l\u2019interrogeait pour le Washington Post, il r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Si les petites villes ont moins d\u2019argent que les grandes, je jouerai pour la somme qu\u2019ils peuvent me donner, \u00e0 condition que ce soit raisonnable\u00a0\u00bb. Il lui arriva m\u00eame de faire cadeau de son cachet pour permettre \u00e0 une association de survivre. Il savait d\u2019embl\u00e9e que ces tourn\u00e9es ne lui rapporteraient que peu d\u2019argent, d\u2019autant qu\u2019il lui fallait payer son chauffeur et son accordeuse ainsi que leurs frais. C\u2019\u00e9tait le prix de son plaisir. Il disait d\u2019ailleurs qu\u2019il y avait de grandes chances qu\u2019il joue mieux dans une petite ville de Louisiane ou de l\u2019Ohio qu\u2019\u00e0 Carnegie Hall, car la pression y \u00e9tait moindre et lui permettait de mieux se lib\u00e9rer. La seule incertitude \u00e0 laquelle il \u00e9tait confront\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019acoustique des salles. Pour lui, c\u2019\u00e9tait infiniment moins grave puisqu\u2019il pouvait compter sur ses pianos, l\u2019un plus brillant, l\u2019autre plus doux. Il \u00e9vitait le cauchemar d\u2019un piano \u00e9teint dans une salle tr\u00e8s absorbante, ou d\u2019un piano clinquant dans une salle tr\u00e8s r\u00e9verb\u00e9r\u00e9e. Et son clavier \u00e9tait parfaitement r\u00e9gl\u00e9\u2026<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Le r\u00e9cit des tourn\u00e9es (1988-94) <\/strong><\/p>\n<p>Le premier concert de la premi\u00e8re tourn\u00e9e eut lieu \u00e0 Winter Park, une petite ville de Floride, au Nord-Est d\u2019Orlando, dans le th\u00e9\u00e2tre du coll\u00e8ge, le 3 janvier 1988. Il y eut ensuite une quarantaine de concerts jusqu\u2019\u00e0 la fin mars, r\u00e9partis sur quinze \u00e9tats de l\u2019Est et du Sud-Est des Etats-Unis. <a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Washington-001.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-3201\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Washington-001-275x300.jpg\" alt=\"Brahms Washington 001\" width=\"275\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Washington-001-275x300.jpg 275w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Washington-001-940x1024.jpg 940w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Washington-001.jpg 1746w\" sizes=\"(max-width: 275px) 100vw, 275px\" \/><\/a>Pour l\u2019essentiel, il s\u2019agissait de r\u00e9citals dans lesquels Istomin alternait deux programmes. Le premier, le plus accessible, r\u00e9unissait des \u0153uvres qui lui \u00e9taient tr\u00e8s famili\u00e8res\u00a0: <em>Toccata BWV 914<\/em> de Bach, deux <em>Impromptus op. 90<\/em> de Schubert, la <em>Sonate Waldstein<\/em> de Beethoven, et une deuxi\u00e8me partie enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Chopin. Le second, plus difficile, \u00e9tait enti\u00e8rement nouveau pour lui, \u00e0 l\u2019exception de la <em>Sonate en la majeur<\/em> de Haydn. Il jouait ensuite la <em>Premi\u00e8re Sonate op. 11<\/em> de Schumann, le premier livre des <em>Images<\/em> de Debussy et un ensemble de pi\u00e8ces de Rachmaninov. Il lui arrivait de mixer les deux programmes. Il y eut aussi trois s\u00e9ries de concerts avec orchestre\u00a0: deux fois le <em>Cinqui\u00e8me<\/em> de Beethoven \u00e0 Atlanta en janvier, quatre fois le <em>Deuxi\u00e8me<\/em> de Brahms \u00e0 Washington entre le 11 et le 16 f\u00e9vrier (avec le National Symphony sous la direction de Rostropovitch), et le <em>Troisi\u00e8me<\/em> de Beethoven \u00e0 Savannah en mars.<\/p>\n<p>Une seconde tourn\u00e9e, de fin septembre \u00e0 fin novembre 1988, l\u2019emmena dans le Centre et l\u2019Ouest des Etats-Unis pour plus de vingt-cinq concerts. Commen\u00e7ant en Louisiane, elle remonta le Mississipi jusqu\u2019\u00e0 Memphis, obliqua vers Kansas City, redescendit vers Houston avant de se diriger vers Albuquerque et de s\u2019achever en Californie. L\u00e0 aussi, il y eut plusieurs s\u00e9ries de concerts avec orchestre au milieu des r\u00e9citals, avec les orchestres de Baton Rouge, de Memphis et de San Diego (le <em>Troisi\u00e8me<\/em> <em>Concerto<\/em> de Beethoven \u00e0 trois reprises, sous la direction de Bernhard Klee).<\/p>\n<div id=\"attachment_3202\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/eugene-istomin_dans-le-camion.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3202\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3202 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/eugene-istomin_dans-le-camion-300x154.jpg\" alt=\"eugene-istomin_dans le camion\" width=\"300\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/eugene-istomin_dans-le-camion-300x154.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/eugene-istomin_dans-le-camion.jpg 681w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3202\" class=\"wp-caption-text\">Istomin travaillant dans le camion<\/p><\/div>\n<p>De janvier \u00e0 mars 1989, le camion reprit sa route pour pr\u00e8s de trente concerts dans l\u2019Est des Etats-Unis, incluant deux r\u00e9citals sold out au Kennedy Center et \u00e0 Carnegie Hall. Il y eut \u00e0 nouveau trois s\u00e9ries de concerts avec orchestre, avec le Huntsville Symphony Orchestra en janvier, le Westfield Symphony Orchestra en f\u00e9vrier, et le Rochester Philharmonic les 9 et 11 mars (<em>Concerto l&rsquo;Empereur<\/em> de Beethoven sous la direction de Jerzy Semkow). En octobre et novembre 1989, la deuxi\u00e8me tourn\u00e9e annuelle, d\u2019une vingtaine de concerts, fit traverser tout le continent, de Philadelphie \u00e0 Seattle, en passant par l\u2019Ohio. Istomin donna deux s\u00e9ries de concerts avec orchestre\u00a0: le <em>Quatri\u00e8me Concerto<\/em> de Beethoven avec le Lehigh Valley Chamber Orchestra puis avec le Seattle Symphony sous la direction de Karl Anton Rickenbacher.<\/p>\n<p>La grande tourn\u00e9e du d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1990 comportait une trentaine d\u2019\u00e9tapes, de fin janvier \u00e0 mi-avril, et s\u2019acheva par deux concerts avec l\u2019Orchestre de son ancienne \u00e9cole, le Curtis Institute, sous la direction d\u2019Otto-Werner Mueller. Le programme de la plupart des r\u00e9citals comprenait une longue premi\u00e8re partie d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Beethoven\u00a0(<em>Fantaisie op. 77<\/em>, <em>Sonates n\u00b0 14<\/em> et <em>31<\/em>) et une seconde plus br\u00e8ve, avec Schubert (<em>Impromptus op. 90 n\u00b0 2 &amp; 3<\/em>) et Chopin (<em>Nocturne op. 15 n\u00b0 1<\/em> et <em>Scherzo n\u00b0 1<\/em>). A l\u2019automne, il n\u2019y eut qu\u2019une br\u00e8ve s\u00e9rie, dans le Nord-Est des Etats-Unis, Istomin devant faire une tourn\u00e9e en Angleterre \u00e0 partir du 15 octobre.<\/p>\n<div id=\"attachment_3079\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Tour-Truck.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3079\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3079 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Tour-Truck-300x194.jpg\" alt=\"Istomin-Tour-Truck\" width=\"300\" height=\"194\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Tour-Truck-300x194.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Tour-Truck.jpg 419w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3079\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;arriv\u00e9e au Kennedy Center<\/p><\/div>\n<p>Pendant les quatre ann\u00e9es suivantes, Istomin dut d\u2019ailleurs r\u00e9duire ou renoncer aux longues tourn\u00e9es d\u2019automne, \u00e0 la fois en raison d\u2019engagements importants en Europe et parce que le nombre de concerts dans le centre ou l\u2019ouest des Etats-Unis n\u2019\u00e9tait pas suffisant pour organiser un circuit coh\u00e9rent pour le camion. Cependant, les tourn\u00e9es de d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e se poursuivaient avec une belle densit\u00e9 de concerts, entre vingt-cinq et trente. Ses programmes s\u2019\u00e9taient encore enrichis et diversifi\u00e9, ajoutant aux piliers de son r\u00e9pertoire des \u0153uvres plus rares comme la <em>Sonate op. 22<\/em> de Medtner ou le <em>Pr\u00e9lude<\/em> de Casals. La derni\u00e8re tourn\u00e9e, entre janvier et avril 1994, l\u2019emmena en Caroline du Nord et du Sud, en Virginie, en Pennsylvanie, dans le Tennessee, \u00e0 New York et \u00e0 Washington, jouant le <em>Troisi\u00e8me Concerto<\/em> de Beethoven au Kennedy Center et \u00e0 Carnegie Hall avec le National Symphony sous la direction de Mstislav Rostropovitch.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019aventure s\u2019arr\u00eata. Deux cent cinquante concerts en sept saisons, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un succ\u00e8s consid\u00e9rable que personne n\u2019aurait os\u00e9 imaginer. Pour aller plus loin, il aurait fallu que Shaw engage aux c\u00f4t\u00e9s de Martha Coleman une personne mieux implant\u00e9e dans d\u2019autres r\u00e9gions des Etats-Unis que l\u2019Est et le Sud-Est. Certaines institutions ont souhait\u00e9 le r\u00e9inviter apr\u00e8s un premier passage, quelques-unes ont m\u00eame essay\u00e9 de recr\u00e9er une s\u00e9rie de r\u00e9citals, mais le projet ne fut pas vraiment soutenu par le monde musical. Istomin avait lanc\u00e9 un appel \u00e0 ses amis musiciens, leur faisant part de ses r\u00e9flexions et de son exp\u00e9rience, leur communiquant les tarifs de location des petits camions, leur proposant de leur pr\u00eater son propre v\u00e9hicule lorsqu\u2019il ne l\u2019utilisait pas. Tous avaient trouv\u00e9 l\u2019id\u00e9e fantastique mais aucun n\u2019avait os\u00e9 se lancer. Il est vrai que c\u2019\u00e9tait une bataille que Don Quichotte n\u2019aurait pas reni\u00e9e\u00a0! Istomin \u00e9tait bien conscient qu\u2019il ne pourrait \u00e0 lui seul changer le cours du monde musical. Il souhaitait surtout attirer l\u2019attention sur un des dangers essentiels qui mena\u00e7aient la musique classique\u00a0: la coupure avec un large public, la marginalisation de la musique vivante dans un petit nombre de lieux \u00e9litistes. Ce qu\u2019il avait retir\u00e9 avant tout de cette aventure, c\u2019\u00e9tait le bonheur de jouer chaque soir sur ses pianos et de pouvoir donner au public le meilleur de lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\">Musique<\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep-double sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p><strong>J. S. Bach.<\/strong> <em>Toccata en mi mineur BWV 914<\/em>. Enregistr\u00e9 lors d&rsquo;un r\u00e9cital au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es, le 2 novembre 1993<\/p>\n<!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('audio');<\/script><![endif]-->\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3193-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Bach-Toccata-BWW-914_128k.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Bach-Toccata-BWW-914_128k.mp3\">https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Bach-Toccata-BWW-914_128k.mp3<\/a><\/audio>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Beethoven<\/strong>. <em>Sonate n\u00b0 14 op. 27 n\u00b0 2 \u00ab\u00a0Clair de lune\u00a0\u00bb.\u00a0<\/em>Enregistr\u00e9 lors d&rsquo;un r\u00e9cital au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es, le 31 octobre 1991<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3193-2\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Beethoven-Piano-Sonata-n\u00b014_128k.mp3?_=2\" \/><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Beethoven-Piano-Sonata-n\u00b014_128k.mp3\">https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Beethoven-Piano-Sonata-n\u00b014_128k.mp3<\/a><\/audio>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":2363,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3193"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3193"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3193\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7394,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3193\/revisions\/7394"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2363"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}