{"id":3038,"date":"2016-03-10T09:43:08","date_gmt":"2016-03-10T08:43:08","guid":{"rendered":"http:\/\/eugeneistomin.com\/?page_id=3038"},"modified":"2020-02-21T23:50:17","modified_gmt":"2020-02-21T22:50:17","slug":"carriere-annees-60","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/biographie\/carriere\/carriere-annees-60\/","title":{"rendered":"Carri\u00e8re ann\u00e9es 60"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p class=\"beautify\">Les  ann\u00e9es 50 avaient \u00e9t\u00e9 pour Istomin une ascension continue, le menant dans l\u2019antichambre du firmament des grandes stars du piano. Les ann\u00e9es 60, pourtant riches d\u2019aventures et de succ\u00e8s, ne lui permirent pas d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. Deux \u00e9v\u00e9nements contribu\u00e8rent \u00e0 l\u2019en emp\u00eacher et allaient progressivement desservir son image et sa carri\u00e8re de soliste\u00a0: la rupture avec Columbia et la cr\u00e9ation du Trio Istomin-Stern-Rose.<\/p>\n<div id=\"attachment_3039\" style=\"width: 205px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Lieberson-7.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3039\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3039 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Lieberson-7-195x300.jpg\" alt=\"Lieberson-7\" width=\"195\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Lieberson-7-195x300.jpg 195w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Lieberson-7.jpg 454w\" sizes=\"(max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3039\" class=\"wp-caption-text\">Goddard Lieberson<\/p><\/div>\n<p>Avant de quitter Columbia, David Oppenheim avait \u00e9tabli le programme des artistes jusqu\u2019au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1961, date \u00e0 laquelle Istomin devait r\u00e9enregistrer en st\u00e9r\u00e9o le <em>Deuxi\u00e8me Concerto<\/em> de Rachmaninov. M\u00e9content de la fa\u00e7on dont Columbia avait fait la promotion de son enregistrement du <em>Premier Concerto<\/em> de Tcha\u00efkovsky, Istomin prit rendez-vous avec Goddard Lieberson, le pr\u00e9sident de Columbia. Un d\u00e9jeuner fut organis\u00e9, auquel assistait \u00e9galement Schuyler Chapin, le nouveau responsable \u00ab\u00a0Artistes et r\u00e9pertoire\u00a0\u00bb. Chapin avait \u00e9t\u00e9 li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec Istomin, mais il lui gardait rancune de ne pas avoir obtenu le poste de manager de l\u2019Orchestre de Philadelphie. Il pensait \u00e0 tort qu\u2019Istomin ne l\u2019avait pas soutenu aupr\u00e8s d\u2019Ormandy. Lors de ce d\u00e9jeuner, la discussion fut tendue et aboutit \u00e0 l\u2019annulation des enregistrements pr\u00e9vus.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019au d\u00e9part de Chapin, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1963, Istomin n\u2019enregistra pas le moindre disque. Chapin parti, Istomin reprit le chemin des studios de Columbia, mais essentiellement pour le Trio. Entre 1965 et 1970, il enregistra quatorze \u0153uvres avec Stern et Rose, mais seulement deux concertos (Brahms <em>n\u00b02<\/em> et Beethoven <em>n\u00b04<\/em>) et un seul disque de piano seul (la <em>Sonate en r\u00e9 majeur D. 850<\/em>\u00a0de Schubert). Le lien de confiance \u00e9tait rompu. Istomin avait le sentiment que Columbia ne le conservait que pour le Trio, et qu\u2019on lui conc\u00e9dait de temps en temps un enregistrement solo pour \u00e9viter qu\u2019il ne se f\u00e2che et signe pour une autre compagnie. De son c\u00f4t\u00e9, Columbia lui reprochait son exigence. Istomin s\u2019avouait difficilement satisfait de ses enregistrements et, n\u2019acceptant gu\u00e8re de recourir au montage, demandait un nombre important de sessions pour avoir des prises parfaites d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Il enregistra la <em>Sonate Waldstein<\/em> de Beethoven en 1959 et 1965, sans autoriser la parution (la version de 1959, publi\u00e9e r\u00e9cemment par Sony, \u00e9tait pourtant fantastique\u00a0!). Malgr\u00e9 ces tensions, la collaboration se poursuivit tant bien que mal jusqu\u2019en 1969.<\/p>\n<div id=\"attachment_3040\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Mitchell_conductor_of_the_National_Symphony_Orchestra_on____-_NARA_-_200133.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3040\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3040\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Mitchell_conductor_of_the_National_Symphony_Orchestra_on____-_NARA_-_200133-300x238.jpg\" alt=\"Howard Mitchell, directeur musical du National Symphony, entour\u00e9 du pr\u00e9sident Truman et de son \u00e9pouse\" width=\"300\" height=\"238\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Mitchell_conductor_of_the_National_Symphony_Orchestra_on____-_NARA_-_200133-147x118.jpg 147w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Mitchell_conductor_of_the_National_Symphony_Orchestra_on____-_NARA_-_200133-300x238.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Mitchell_conductor_of_the_National_Symphony_Orchestra_on____-_NARA_-_200133-1024x811.jpg 1024w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Mitchell_conductor_of_the_National_Symphony_Orchestra_on____-_NARA_-_200133.jpg 3000w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3040\" class=\"wp-caption-text\">Howard Mitchell, directeur musical du National Symphony, entour\u00e9 du pr\u00e9sident Truman et de son \u00e9pouse<\/p><\/div>\n<p>La rupture avec Columbia n\u2019eut aucune cons\u00e9quence imm\u00e9diate sur ses engagements. Pendant la saison 60-61, il se produisit avec douze orchestres am\u00e9ricains : Boston (Munch et Monteux), Chicago (Reiner), Philadelphia (Ormandy), San Francisco (Kirchner), Los Angeles (Basile), Detroit (Tornakowsky), National Symphony (Mitchell), Milwaukee, Seattle, Rochester, Rhode Island et New Britain. Certains succ\u00e8s furent particuli\u00e8rement spectaculaires ou gratifiants. Claudia Cassidy, son ennemie jur\u00e9e du Chicago Tribune, lui rendit enfin gr\u00e2ce apr\u00e8s une interpr\u00e9tation du <em>Concerto l\u2019Empereur<\/em> de Beethoven sous la direction de Fritz Reiner. Apr\u00e8s un autre <em>Empereur<\/em>, cette fois au Hollywood Bowl avec Ormandy, le public l\u2019applaudit sans fin, malgr\u00e9 l\u2019extinction des lumi\u00e8res.<br \/>\nEn 1962, Istomin fut au premier plan lors des deux plus grands \u00e9v\u00e9nements de l\u2019ann\u00e9e. A l\u2019Exposition Universelle de Seattle, il joua un concerto de Mozart avec l\u2019Orchestre Symphonique de Seattle sous la direction de Milton Katims et il participa \u00e0 un concert de musique de chambre. Pour l\u2019inauguration tr\u00e8s attendue du Lincoln Center \u00e0 New York, il fut l\u2019un des solistes du tout premier concert, fin septembre, puis interpr\u00e9ta quatre fois le <em>Deuxi\u00e8me Concerto<\/em> de Brahms sous la direction de Bernstein en octobre.<\/p>\n<div id=\"attachment_3041\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/1958-Eugene-sur-un-chameau.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3041\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3041 size-medium\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/1958-Eugene-sur-un-chameau-300x199.jpg\" alt=\"1958 Eugene sur un chameau\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/1958-Eugene-sur-un-chameau-300x199.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/1958-Eugene-sur-un-chameau-1024x678.jpg 1024w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/1958-Eugene-sur-un-chameau.jpg 1800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3041\" class=\"wp-caption-text\">Eugene Istomin \u00e0 dos de chameau<\/p><\/div>\n<p>1963 fut une ann\u00e9e d\u00e9di\u00e9e au reste du monde. Entre avril et novembre, il ne remit pas les pieds aux Etats-Unis. A partir de la mi-avril, il se mit \u00e0 la disposition du D\u00e9partement d\u2019Etat et donna une longue suite de concerts en Bulgarie, en Turquie, en Iran et en Afghanistan. A la fin mai, il se rendit en Isra\u00ebl pour jouer neuf fois avec l\u2019Orchestre Philharmonique d\u2019Isra\u00ebl et donner plusieurs r\u00e9citals. Il fit une br\u00e8ve escale au Liban et passa quelques jours \u00e0 Paris. Il devait r\u00e9p\u00e9ter avec Stern et Rose et enregistrer le <em>Trio en si b\u00e9mol majeur<\/em> de Schubert pour la T\u00e9l\u00e9vision Fran\u00e7aise. Son \u00e9t\u00e9 ne fut qu\u2019une longue travers\u00e9e des festivals, avec plus de quarante concerts en deux mois-et-demi (Aix-en-Provence, Menton pour quatre concerts, Lucerne pour trois concerts, Montreux pour deux, Edimbourg pour trois, Stresa, Florence, Isra\u00ebl\u2026). Ensuite, il encha\u00eena avec les d\u00e9buts de saison, \u00e0 Londres, \u00e0 Copenhague, \u00e0 Stockholm, \u00e0 Gen\u00e8ve, \u00e0 Milan, \u00e0 Bruxelles\u2026 Lorsque les journalistes l\u2019interrogeaient sur cette fr\u00e9n\u00e9sie de voyages et de concerts, il r\u00e9pondait\u00a0: \u00ab\u00a0Ma maison est partout o\u00f9 il y a un piano\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_3042\" style=\"width: 251px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Stern-Rose-conf-de-presse-Londres-1970-001.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3042\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3042\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Stern-Rose-conf-de-presse-Londres-1970-001-241x300.jpg\" alt=\"Le Trio en conf\u00e9rence de presse \u00e0 Londres\" width=\"241\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Stern-Rose-conf-de-presse-Londres-1970-001-241x300.jpg 241w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Stern-Rose-conf-de-presse-Londres-1970-001-824x1024.jpg 824w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Istomin-Stern-Rose-conf-de-presse-Londres-1970-001.jpg 2036w\" sizes=\"(max-width: 241px) 100vw, 241px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3042\" class=\"wp-caption-text\">Le Trio en conf\u00e9rence de presse \u00e0 Londres<\/p><\/div>\n<p>Ces saisons semblent \u00eatre des copi\u00e9s-coll\u00e9s des saisons effr\u00e9n\u00e9es des ann\u00e9es 50, mais en fait il y a une diff\u00e9rence essentielle\u00a0: la place du Trio. Istomin, Stern et Rose avaient d\u00e9cid\u00e9 de lancer pour de bon le Trio qui avait fait ses premiers pas au Festival de Ravinia en 1955. Les trois amis avaient construit une strat\u00e9gie avec soin\u00a0: nombreuses r\u00e9p\u00e9titions en 1960 et d\u00e9but 1961\u00a0; d\u00e9buts en Isra\u00ebl et en Angleterre \u00e0 l\u2019automne 1961\u00a0; conqu\u00eate des Etats-Unis au printemps 1962\u00a0puis de l\u2019Europe en 1963\u00a0; d\u00e9but des enregistrements en 1964. Le Trio occupa une place non n\u00e9gligeable dans le calendrier\u00a0: entre deux et trois mois de 61 \u00e0 63 (au sein desquels s\u2019intercalaient des concerts en solo)\u00a0; entre un et deux mois de 64 \u00e0 69\u00a0; six mois en 1970, pour l\u2019ann\u00e9e Beethoven. Cela bouscula d\u2019autant le reste du calendrier et impliqua de renoncer \u00e0 certains projets. Ce qui \u00e9tait encore plus important, c\u2019est que le Trio monopolisait l\u2019int\u00e9r\u00eat des m\u00e9dias. Un Trio qui r\u00e9unit trois grands solistes, c\u2019est un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel, qui interpelle le monde entier. Insensiblement, le public et les critiques eurent le sentiment que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 le c\u0153ur de l\u2019activit\u00e9 d\u2019Istomin, la partie la plus marquante, aux d\u00e9pens de son activit\u00e9 de soliste. Autre cons\u00e9quence de la formation du Trio, Istomin d\u00e9cida de changer de manager. En 1962, \u00e0 la demande de Stern, il quitta Columbia Artists et le rejoignit chez Hurok, pour simplifier la gestion des engagements du Trio (Rose fit de m\u00eame quelques ann\u00e9es plus tard). S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s heureux chez Columbia Artists, il se sentit encore plus mal \u00e0 l\u2019aise chez Hurok.<\/p>\n<div id=\"attachment_3043\" style=\"width: 253px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Kennedy-et-Johnson-drapeau.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3043\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3043\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Kennedy-et-Johnson-drapeau-243x300.jpg\" alt=\"Le pr\u00e9sident Kennedy et le vice-pr\u00e9sident Johnson\" width=\"243\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Kennedy-et-Johnson-drapeau-243x300.jpg 243w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Kennedy-et-Johnson-drapeau-829x1024.jpg 829w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Kennedy-et-Johnson-drapeau.jpg 864w\" sizes=\"(max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3043\" class=\"wp-caption-text\">Le pr\u00e9sident Kennedy et le vice-pr\u00e9sident Johnson<\/p><\/div>\n<p>Une autre \u00e9volution importante de la carri\u00e8re d\u2019Istomin fut son implication politique de plus en plus grande. Il \u00e9tait intimement convaincu, comme Casals, qu\u2019un artiste est d\u2019abord un homme responsable de ses actes et de ses paroles. Cela influait sur la g\u00e9ographie de ses concerts. L\u2019Allemagne et l\u2019Autriche en \u00e9taient exclues, car la p\u00e9riode nazie \u00e9tait encore trop proche, de m\u00eame que l\u2019Espagne (\u00e0 cause de Franco) et la Gr\u00e8ce (apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des colonels). En revanche, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il vint participer au Premier Festival d\u2019Isra\u00ebl en septembre 1961, il prit conscience de l\u2019importance d\u2019y jouer r\u00e9guli\u00e8rement et de soutenir l\u2019\u00e9tat isra\u00e9lien, si souvent attaqu\u00e9. Surtout, il d\u00e9cida de se mettre au service de son pays, pensant que la culture, et surtout la musique, \u00e9taient d\u00e9sormais des armes diplomatiques d\u2019une importance essentielle. Il trouvait que les Russes les utilisaient avec beaucoup d\u2019habilet\u00e9, tandis que les gouvernements am\u00e9ricains les n\u00e9gligeaient. D\u00e8s 1956, il avait accept\u00e9 des tourn\u00e9es en Islande et en Extr\u00eame-Orient sous l\u2019\u00e9gide du D\u00e9partement d\u2019Etat. Il ne cessa d\u2019essayer de motiver les administrations Kennedy et Johnson pour mettre sur pied une politique culturelle internationale ambitieuse, se d\u00e9clarant disponible pour n\u2019importe quelle mission et ne demandant aucun cachet. En 1963, il fut envoy\u00e9 en Bulgarie, une aventure digne des romans d\u2019espionnage de la Guerre Froide, puis au Moyen-Orient. En 1965, il passa quatre semaines dans l\u2019URSS r\u00e9cemment reprise en main par Brejnev, puis deux semaines en Roumanie. L\u2019ann\u00e9e suivante, il se rendit \u00e0 Sa\u00efgon, o\u00f9 la situation \u00e9tait telle qu\u2019on ne l\u2019autoris\u00e2t pas \u00e0 jouer.<\/p>\n<div id=\"attachment_3044\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Humphrey-en-campagne.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3044\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3044\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Humphrey-en-campagne-300x200.jpg\" alt=\"Hubert Humphrey en campagne\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Humphrey-en-campagne-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Humphrey-en-campagne.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3044\" class=\"wp-caption-text\">Hubert Humphrey en campagne<\/p><\/div>\n<p>Istomin s\u2019engagea \u00e9galement dans la politique int\u00e9rieure des Etats-Unis, soutenant \u00e9nergiquement les candidatures d\u00e9mocrates de Kennedy contre Nixon en 1960 et de Johnson contre Goldwater en 1964. Il lui arriva m\u00eame de prendre ouvertement parti dans les r\u00e9ceptions d\u2019apr\u00e8s-concert, ce qui lui valut de ne plus \u00eatre r\u00e9invit\u00e9 dans certaines villes. En 1968, dans un contexte rendu tr\u00e8s difficile par les assassinats de Robert Kennedy et de Martin Luther King, et par les protestations contre la Guerre du Vietnam, Istomin se vit oblig\u00e9 de prendre la pr\u00e9sidence du Comit\u00e9 de soutien des artistes et des \u00e9crivains \u00e0 la candidature de Humphrey. C\u2019est \u00e0 ce titre qu\u2019il se fit siffler, quelques semaines apr\u00e8s la Convention de Chicago, \u00e0 son entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne du Lincoln Center pour jouer le <em>Quatri\u00e8me Concerto<\/em> de Beethoven sous la direction de Bernstein. Parmi les contestataires, il y avait certainement des r\u00e9publicains partisans de Nixon, mais aussi des d\u00e9mocrates qui trouvaient que Humphrey ne s\u2019opposait pas assez\u00a0clairement \u00e0 la poursuite de\u00a0la guerre au Vietnam. Cet engagement politique eut pour effet de ternir un peu l\u2019image d\u2019Istomin aupr\u00e8s d\u2019une partie du public.<br \/>\nCependant, sa pr\u00e9sence avec les orchestres am\u00e9ricains resta tr\u00e8s forte tout au long des ann\u00e9es 60. En 1964, il fut invit\u00e9 \u00e0 deux reprises, pour la saison normale et pour la saison d\u2019\u00e9t\u00e9, par Chicago (cinq concerts avec Ehrling et Kostelanetz), par Philadelphie (six concerts avec Ormandy), et par Los Angeles (six concerts avec Vandernoot et Katims). A l\u2019automne 1968, pour c\u00e9l\u00e9brer le vingt-cinqui\u00e8me anniversaire de ses d\u00e9buts, il fut successivement l\u2019invit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 de Philadelphie (Ormandy), New York (Bernstein), Los Angeles (Mehta) et du National Symphony (Mitchell). La suite de la saison l\u2019amena aussi \u00e0 Detroit (Ehrling), \u00e0 Boston (Leinsdorf), \u00e0 Baltimore (Comissiona) et dans plusieurs villes moins prestigieuses. Pendant cette d\u00e9cennie, Istomin \u00e9largit un peu son r\u00e9pertoire concertant avec le <em>Concerto K. 491<\/em> de Mozart, le <em>Troisi\u00e8me<\/em> de Beethoven, ainsi que deux \u0153uvres qu\u2019il ne joua gu\u00e8re, faute d\u2019\u00eatre demand\u00e9es par les orchestres\u00a0: le <em>Premier Concerto<\/em> de Kirchner et la <em>Symphonie concertante<\/em> de Szymanowski.<\/p>\n<div id=\"attachment_3045\" style=\"width: 251px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-Orchestre-National-de-France-Maurice-Le-Roux-1967.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3045\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3045\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-Orchestre-National-de-France-Maurice-Le-Roux-1967-241x300.jpg\" alt=\"Istomin \u00e0 Ann Arbor avec l\u2019Orchestre National de France en 1967\" width=\"241\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-Orchestre-National-de-France-Maurice-Le-Roux-1967-241x300.jpg 241w, http:\/\/www.eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Eugene-Orchestre-National-de-France-Maurice-Le-Roux-1967.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 241px) 100vw, 241px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3045\" class=\"wp-caption-text\">Istomin \u00e0 Ann Arbor avec l\u2019Orchestre National de France en 1967<\/p><\/div>\n<p>Le temps lui manqua pour d\u00e9velopper sa carri\u00e8re dans les pays europ\u00e9ens, mais la France lui ouvrit enfin ses portes. Un lien se cr\u00e9a avec les orchestres de la Radio-T\u00e9l\u00e9vision Fran\u00e7aise et il fut m\u00eame invit\u00e9 comme soliste d\u2019une tourn\u00e9e am\u00e9ricaine de l\u2019Orchestre National de France sous la direction de Maurice Le Roux \u00e0 l\u2019automne 1967.<br \/>\nC\u2019est pour le r\u00e9cital que le manque de temps se fit le plus sentir. La demande des orchestres \u00e9tant toujours aussi importante, les r\u00e9p\u00e9titions, les enregistrements et les concerts du Trio venaient forc\u00e9ment r\u00e9duire le temps d\u00e9volu aux r\u00e9citals, qui ne repr\u00e9sentaient plus qu\u2019un cinqui\u00e8me de son activit\u00e9. Il ne put travailler ni roder de nouvelles \u0153uvres, n\u2019ajoutant que deux sonates importantes \u00e0 son r\u00e9pertoire\u00a0: la <em>Sonate<\/em> de Stravinsky et la <em>Sonate en r\u00e9 majeur<\/em> de Schubert. Pendant les ann\u00e9es 60, Istomin ne donna qu\u2019un seul r\u00e9cital \u00e0 Carnegie Hall, reprenant \u00e0 cette occasion\u00a0<em>Gaspard de la nuit<\/em>, qu\u2019il n\u2019avait plus jou\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p>La perspective du bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, mit tous les esprits musicaux en \u00e9bullition. L\u2019id\u00e9e germa dans l\u2019esprit d\u2019Istomin et de ses deux partenaires de relever un d\u00e9fi que personne n\u2019avait jamais os\u00e9 relever\u00a0: donner l\u2019int\u00e9grale de la musique de chambre avec piano, soit trente-et-une \u0153uvres en huit concerts. Ce fut un des \u00e9v\u00e9nements les plus m\u00e9diatis\u00e9s des c\u00e9l\u00e9brations beethov\u00e9niennes. Istomin, Stern et Rose avaient r\u00e9serv\u00e9 six mois pour cette aventure, dont on peut trouver le r\u00e9cit dans un autre chapitre. Ils auraient pu y consacrer toute l\u2019ann\u00e9e que cela n\u2019aurait pas suffi \u00e0 satisfaire tous les organisateurs int\u00e9ress\u00e9s. Columbia voulut en profiter pour enregistrer non seulement l\u2019int\u00e9grale des <em>Trios<\/em>, d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e, mais aussi celle des \u0153uvres pour violon et pour violoncelle. C\u2019\u00e9tait un travail consid\u00e9rable pour Istomin, qui \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 l\u2019assumer mais qui craignait, \u00e0 juste titre que cela ne l\u2019enferme dans l\u2019image d\u2019un musicien de chambre. Il demanda donc \u00e0 enregistrer un ou deux concertos de Beethoven pour r\u00e9tablir son image de soliste, ce qui fut rejet\u00e9 par Columbia. Alors il refusa de poursuivre l\u2019int\u00e9grale des sonates pour violon et violoncelle, n\u2019acceptant d\u2019achever que celle des trios, d\u00e9j\u00e0 largement entam\u00e9e. Cela provoqua une situation de crise \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Trio, qui put \u00eatre surmont\u00e9e mais qui laissa des traces durables. Surtout, cela impliqua pour Istomin une rupture d\u00e9finitive avec Columbia qui allait \u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9judiciable pour la suite de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-two\"><h2 class=\"title-heading-left fusion-responsive-typography-calculated\" style=\"margin:0;--fontSize:18;--minFontSize:18;line-height:1.5;\"><strong>Musique <\/strong><\/h2><span class=\"awb-title-spacer\"><\/span><div class=\"title-sep-container\"><div class=\"title-sep sep- sep-solid\" style=\"border-color:#e0dede;\"><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p><strong>Johannes Brahms<\/strong>. <em>Concerto n\u00b0 2 en si b\u00e9mol majeur op. 83<\/em>, premier mouvement. Eugene Istomin, Orchestre Symphonique de Boston, Charles Munch. Ao\u00fbt 1960.<\/p>\n<!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('audio');<\/script><![endif]-->\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3038-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Concerto-n\u00b02_1erMvt_128k.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Concerto-n\u00b02_1erMvt_128k.mp3\">https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Brahms-Concerto-n\u00b02_1erMvt_128k.mp3<\/a><\/audio>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Franz Schubert.<\/strong> <em>Sonate en r\u00e9 majeur D. 850<\/em>. Eugene Istomin. Cette sonate est entr\u00e9e dans son r\u00e9pertoire en 1965. Cet enregistrement a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 lors d&rsquo;un concert en f\u00e9vrier 1979<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3038-2\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Schubert-Sonata-D-850-live.mp3?_=2\" \/><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Schubert-Sonata-D-850-live.mp3\">https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Schubert-Sonata-D-850-live.mp3<\/a><\/audio>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Beethoven<\/strong>. <em>Trio n\u00b0 6 en mi b\u00e9mol majeur op. 70 n\u00b0 2<\/em>, le finale. Eugene Istomin, Isaac Stern, Leonard Rose. Concert du 11 d\u00e9cembre 1961.<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3038-3\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Beethoven-Trio-6-finale-1961.mp3?_=3\" \/><a href=\"https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Beethoven-Trio-6-finale-1961.mp3\">https:\/\/eugeneistomin.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Beethoven-Trio-6-finale-1961.mp3<\/a><\/audio>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":314,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3038"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3038"}],"version-history":[{"count":12,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3038\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7406,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3038\/revisions\/7406"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/314"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.eugeneistomin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3038"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}